The Mentalist (2008) et la manipulation

The Mentalist (2008) et la manipulation

Let the mind games begin.

L’aspect technique :
– Cette série diffusée par CBS compte pour l’instant deux saisons avec des épisodes d’environ 40 minutes.
– Elle est diffusée par TF1 en France, les épisodes dans le désordre.
– Elle fait un CARTON partout où elle passe.

Ah, petite note : Vous pourrez peut-être voire une légère similarité avec Psych. C’est du PUR hasard. Bien que bon, Psych ait été proposé à CBS à l’origine et qu’après avoir refusé, CBS ait créé The Mentalist. Ahem.

Synopsis : Patrick Jane était un mentaliste. Un illusionniste spécialisé dans la lecture de pensée, pour être bref. Lors d’une émission télévisée, il parle de Red John, tueur en série à l’humour particulier, en des termes que ce dernier n’a pas apprécié. Red John punit donc Patrick Jane, qui aurait bien aimé voir son bébé grandir aux côtés de sa femme, plutôt que retrouver leurs cadavres accompagnés d’une lettre du tueur.
Sa vengeance est froide. Il rejoint le CBI (California Bureau of Investigation) à qui est confiée l’enquête sur Red John, et compte bien y rester en tant que consultant afin d’être le premier à trouver le meurtrier de sa famille.

Le manque d’originalité :

La série souffre de trois maladies malheureusement très répandues dans les séries d’enquête.

– Le Complexe d’Highlander : Tous les épisodes sont structurés de la même manière. Beaucoup de séries policières ou simili-policières sont atteintes, puisqu’elles ne parviennent pas à sortir du train-train de meurtre-indice-interrogatoire-coupable. The Mentalist pousse même le vice jusqu’à quasi ignorer la trame d’origine (Patrick Jane cherchant le tueur) pendant la plupart des épisodes.
(ex : flash-back, combat avorté, souci, combat, éclairs pour Highlander, oh boy, miroir, intrigue, résolution, oh boy dans Code Quantum… Toutes les séries policières actuelles…)

– Le Cliché du Consultant : C’est assez récent, je ne saurais pas dire quelle série a lancé ça. Une équipe d’investigation utilise les services d’un consultant un peu particulier qui, en fait, va résoudre les enquêtes quasiment à leur place.
(ex : un matheux dans Numb3rs, une scientifreak dans Bones, voire même un écrivain dans Castle, mais aussi Fringe ou John Doe…)

– L’Archétype X-Files : Un binôme constitué d’une personne espiègle, intelligente et peu conventionnelle (souvent un homme) avec une personne boulot-boulot, un peu coincée, rigide (souvent une femme). Souvent lié au Cliché du Consultant, puisqu’il faut bien avoir un faire-valoir pour ledit consultant.
Je me pencherai peut-être plus tard sur l’habituel sexisme de cet archétype qui parvient tout de même à placer en toute discrétion ce stéréotype des années 90 de la « femme qui travaille et qui compense son absence de testicules par une agressivité rigide et coincée ».
(ex : coincée et dubitative devant l’évidence dans X-Files, ou la majorité des séries avec un Cliché du Consultant. Dans Psych, ils en jouent et c’est un homme –efféminé évidemment– qui a ce rôle).

L’originalité, donc :

Il faut rendre à César ce qui est à César (vous saisissez la blague ? Parce que le créateur de The Mentalist est aussi celui de Rome). En l’occurrence, cette série est la première à traiter de cette manière les technologies de manipulation. Patrick Jane est une sorte d’expert dans toutes les techniques connues.

– La PNL, Programmation Neuro-Linguistique. Vous voyez cette légende urbaine à propos du recruteur qui interprète le moindre de vos mots et gestes ? C’est ça. A mon avis la PNL parvient à expliquer la majorité des autres techniques, il suffit donc à notre Mentaliste d’être un très bon praticien pour pouvoir utiliser les autres.
Il est tout à fait possible que l’idée de The Pretender (Le Caméléon) ait été inspirée par les travaux de l’époque sur la PNL.

L’Hypnose. Bien que dans les épisodes où on en parle, il y ait quelques mélanges inopportuns faits entre différentes méthodes d’induction.

– La Psychologie Cognitive, qui est simplement l’étude des comportements humains.

– La Synergologie qui étudie le langage corporel sous tous ses aspects, loin des guides basiques où croiser les bras signifie forcément que la personne se protège, et autres « règles » trop générales.
Lie to Me explore un peu plus cet aspect et celui du Cold Reading, mais m’endort.

– Et même la Séduction, qui peut être considérée maintenant comme une branche à part entière de ces technologies, vu le nombre d’ouvrages assez sérieux qui lui sont consacrées (souvent inspirées de la PNL, de l’hypnose, de la synergologie…).
Dans Leverage, Sophie fait allusion (une fois) à ses techniques de séduction qui ressemblent fortement à certaines méthodes connues.

On peut déplorer, cependant, que pour garder à Patrick Jane son aura de mystère, ces techniques ne soient pas évoquées nominalement. Mais maintenant vous saurez pourquoi il tient le poignet des gens de manière aussi étrange.

Dans l’ensemble, la série est bonne, mais malheureusement reste trop collée aux codes du genre et n’exploite pas suffisamment ce qu’on peut voir dans le premier épisode.

Dans le pilote, il y a tout simplement une trame principale : Red John. On n’y fera que rarement allusion tout le long de la première saison. Je ne dis pas qu’un « tueur au smiley » est particulièrement original, mais qu’il est bien dommage de ne pas utiliser l’idée plus avant.

Dans le pilote, on peut avoir un avant goût du côté extrêmement sombre du personnage principal, de sa colère, de sa soif de vengeance contenue sous un sourire figé. Par la suite, Patrick Jane ne servira que d’allégorie pour les technologies de manipulation précédemment citées, et n’aura quasiment pas de caractère si ce n’est son espièglerie comique que l’on suspecte parfois d’exister que pour faire durer l’enquête (alors qu’il sait déjà qui est le coupable)…

En bref, une série de laquelle j’attendais beaucoup. Un pitch intéressant. Une idée relativement originale. Une trame tout à fait exploitable. Un acteur principal très très bon… Mais finalement une première saison passable.

Un rayon de soleil, néanmoins, pour l’excellente seconde saison qui a prit en considération une majorité de ces points, ainsi que d’autres incohérences, a réussi non seulement à les rendre plus crédibles mais aussi à les intégrer à l’histoire. En particulier un enterrement à l’épisode 8 qui dévie de toutes les convenances habituelles des séries télé, ce qui est assez exceptionnel d’un point de vue créatif.

Je ne vous en dis pas plus : Cette série vaut le coup d’oeil, mais si la première saison vous lasse, passez à la suivante.

Sur ce, je vous laisse, il y a un type qui est en train de faire du condiment anchoring sur ma partenaire, quand j’en aurai fini avec lui il se prendra pour une poule.