Séries TV : The Shield (2002)

The Shield (2002)
La voie vers la justice n’est pas toujours une ligne droite / The road to justice is twisted

Séries TV : The Shield (2002)

Créée en 2002 par Shawn Ryan qui n’a pas fait grand-chose d’intéressant à part The Shield, qui en est tout de même à sa 7ème saison, avec des épisodes d’environs 45 minutes.

La série était diffusée par FX Network (chaîne cablée appartenant à la Fox) et malgré le fait que je trouve la majorité des séries policières ennuyeuses et sans grand intérêt, celle-ci m’a captivé.

Michael Chiklis en est en partie responsable. Cet excellent acteur (vous le connaissez peut-être pour avoir joué The Thing dans les Fantastic Four) a remporté quatre récompenses (dont un Emmy et un Golden Globe) et six nominations pour son rôle dans la série, rien que ça. Et quand il ne joue pas les grosses brutes, il fait des voix dans des films pour enfants, si c’est pas mignon.

La série a également attiré, à un moment ou à un autre, Glenn Close et Forest Whitaker, ainsi qu’une foule d’acteurs dont vous ne reconnaîtrez peut-être pas le nom, mais sans doute le visage.

De quoi ça parle : Dans the Barn (la Grange, ou le Bercail dans la VF, allez savoir pourquoi), le commissariat principal de la ville de Los Angeles, il y a une équipe de choc, la Strike Team. La mission délicate de ces hommes dirigés par la coqueluche de la Grange, Vic Mackey, est d’évoluer en civils dans la rue pour apprendre comment elle fonctionne. Il s’agit de connaître les gangs, leurs chefs, signes, membres, territoires, trafics en tout genre. Mais vous connaissez peut-être Nietzsche : Quand tu regardes au fond de l’abysse, l’abysse regarde aussi au fond de toi. Alors la Strike Team s’est mise à utiliser des méthodes peu conventionnelles, choisissant qui mettre à la tête d’un gang, permettant ou non un trafic de drogue, et récupérant un peu d’argent de poche au passage. The Shield est donc une série à propos de flics pourris, et c’est sa sensibilité à traiter le sujet qui fait son originalité.

Vous avez peut-être regardé des extraits, et vous vous êtes dis « oh mon dieu, Los Angeles a l’air vraiment dangereuse comme ville, je l’ai vu dans des séries comme CSI (les Experts), The Closer, voire même Angel » mais quelque part il s’agit d’une vision peut-être plus dure que la réalité. Ou peut-être pas. Quoi qu’il en soit, la ville a une réputation de cité chaotique regroupant les pires rejets de l’humanité, les nouveaux croque-mitaines : gangs tatoués, pédophiles sociopathes, et serial killers froidement cruels. Disons donc qu’il s’agit d’une Los Angeles fictive, plus sombre que nature, dans laquelle toutes ces atrocités se déroulent, c’est nécessaire pour imaginer la pourriture qui s’accumule et donc… A quel point elle ternit celui qui tente de nettoyer.

Car il est question de corruption. Et pas seulement matérielle, l’une des autres accroches de la série est « la conscience peut tuer » (conscience is a killer). La Strike Team est déjà au bord de la légalité au début de la série, elle prélève ses pots-de-vin aux dealers, elle fait des fouilles assez brusques, elle menace, intimide, et maltraite même un peu les coupables, car elle sait qui l’est : personne n’est innocent.

Mais Vic Mackey, leader de la Strike Team, n’est pas simplement un flic pourris.

Premièrement, c’est une personne de principes. Alors que dans les autres séries policières, on a forcément un épisode ou deux sur le paradigme d’il y en a toujours plus qui courent toujours. Peu importe combien de personnes les services de police parviennent à arrêter, le crime continue. Vic Mackey est pragmatique (machiavélique peut-être même : les fins justifient les moyens) ne croit pas qu’il suffise d’arrêter quelques personnes pour faire une différence. Il croit en la régulation : il favorise un gang ou un trafic particulier simplement parce qu’en les choisissant, il peut les contrôler, et en les contrôlant, il réduit un peu la misère humaine.

Deuxièmement, c’est un personnage vivant, il a une famille, une femme qu’il aime, des enfants (Cassidy est d’ailleurs la propre fille de Michael Chiklis), même une maîtresse. Et il évolue à travers la série, sa situation va changer avec les évènements, alors que dans d’autres séries on retrouve souvent une famille fixe, en rôle secondaire, qui n’a pas sa vie propre. On voit directement l’accent qui est mis là-dessus dés le premier épisode, où il fait le parfait chef de famille en organisant un petit barbecue chez lui avec les collègues. Encore une fois, ça pourrait être un thème tout à fait classique dans une série policière, mais il est lui aussi traité de manière originale.

La vie personnelle des personnages est intéressante dans The Shield, car on se rend compte qu’avec les horreurs qu’ils voient tous les jours, les flics de la Grange restent flics même en-dehors du travail. Au premier épisode, Danny (l’une des policier en uniforme) va à un rendez-vous galant, se tâte à prendre un revolver, et l’embarque finalement dans son sac à main. Dans un monde où la violence est omniprésente, et où les flics la connaissent mieux que personne, voir l’un d’entre eux prendre des précautions aussi paranoïaques n’aide qu’à inquiéter davantage, à rendre cet univers plus dérangeant encore.

– Il y a bien d’autres sujets que l’on peut aborder au sujet de The Shield. Un sujet par personnage.
– Le Capitaine Aceveda, officier sans expérience de la rue qui est dans la police pour faire de la politique.
– Officier Julien Lowe, bon chrétien qui ne croit pas en l’homosexualité (dommage, vu qu’il est concerné).
– Corrine Mackey, femme de flic et infirmière, qui doit endurer l’importance qu’a son travail pour Vic Mackey.

Et bien d’autres.

La série soulève aussi énormément de questions, outre les habituels « la fin justifie-t-elle les moyens ? » ou « faut-il guérir le mal par le mal ? » et, sur un autre registre, « peut-on tout montrer à la télévision ? », et mérite d’être vue avec des amis ne serais-ce que pour les débats qu’elle lancera à coup sûr. Vous l’avez compris, il y a énormément à dire, mais le mieux est toujours de regarder.

A bien des égards, la série est captivante et même si la réalisation n’est pas particulièrement bonne ou mauvaise, les personnages et les acteurs qui leur donnent vie sont excellents.

Sur ce, je vous laisse, les One-Niners de Farmington ont des infos sur le viol de la gamine, je vais briser quelques dents.

Gyr.