Supergirl : le féminisme bouillabaisse

Supergirl : le féminisme bouillabaisse

C’est un fait, je ne suis pas une fan de séries de super-héros. J’ai vu les pilot de Arrow et de Flash sans vraiment accrocher et je ne regarderai ces séries qu’une fois terminées (et encore). Je ne cours certainement pas après Gotham alors que je suis une acharnée de l’univers de Batman.

Les comics, les films, les romans ainsi que les jeux vidéos concernant les super-héros ? Pas de problèmes, c’est limite de la boulimie. Cependant le format série est – pour moi – redondant car j’ai déjà à disposition des centaines de milliers d’histoires en comics. Même si les séries racontent autre chose que ce qu’on trouvent sur papier glacé j’ai un peu de mal à y voir un intérêt (dixit la meuf qui revoit tout le temps les même séries TV). Quoiqu’il en soit avec l’arrivée de Supergirl je me suis dit que j’allais faire une exception et pour l’instant mon humble avis est très très mitigé et je vous dis pourquoi.

Vous l’aurez compris, je cause budget. Si on veut faire une vraie série TV de super-héros il faut mettre la dose d’effets spéciaux afin de donner un aspect dynamique dépassant la vivacité du trait auquel on a le droit dans les bons comics. Sauf qu’à la TV personne n’a le même budget qu’au cinéma. PERSONNE ! Même si la télévision gagne en crédibilité (de plus en plus de grandes figures du cinéma se tournent vers le petit écran) et en qualité, la question budgétaire est essentielle quant au rendu. Et au moindre pépin, la série peut disparaître du jour au lendemain, sans préavis. Prenez l’exemple de Rome, série la plus chère à l’époque, dont les décors disparurent dans les flammes et auraient coûté trop cher à refaire. Donc la série s’est conclue alors que son avenir et son succès étaient tout tracés.

Dans le cas de Supergirl, en seulement deux épisodes, je dois avouer que le style comics est bel et bien là. C’est beau, l’image est très propre (un peu trop parfois), les plans iconiques sont présents (gros plan sur le S etc…) et les séquences de vol sont tout simplement parfaites. Je ne lis pas Supergirl mais je lis Captain Marvel par exemple, et les scènes de vol sont souvent composées de la même manière quelques soit le titre. Dans Supergirl, voir l’héroïne dans les cieux est un pur plaisir. Tout est fluide, on a une véritable impression de vitesse supersonique (avec des prout de super vitesse qui me font rire). C’est du comics mais live et bon sang qu’c’est bon !

D’un point de vue visuel donc, pour l’instant je ne trouve pas grand chose à redire à la série si ce n’est une invasion du « flare » (faisceau lumineux souvent coloré) mais c’est une pratique (trop) omniprésente depuis une dizaine d’années, surtout dans la SF. Là où je ronge mon frein, où j’hésite le plus c’est sur le fond.

  • Supergirl nouvelle icône de l’égalitarisme ?

Supergirl, est à l’heure actuelle, la seule super-héroïne du PAF. D’autres vont suivre (Jessica Jones, une éventuelle série sur Black Canary) mais pour l’instant Kara-El est toute seule dans un univers majoritairement masculin. La série s’aligne sur Arrow et Flash avec un ton décomplexé et très ouvert en changeant notamment le physique de personnages récurrents (Jimmy Olsen ici est un grand noir athlétique au sourire ravageur) et n’hésite pas à mettre des femmes fortes au premier plan (j’ai dit que je ne regardais pas Arrow et Flash mais je sais ce qui s’y passe un peu quand même).

La série met tout en oeuvre pour installer un personnage féminin complexe avec un discours très polissé sur le féminisme et l’égalité de manière générale. La rédactrice en chef (Ally McBeal botoxée) le dit d’ailleurs très bien « les femmes doivent travailler deux fois plus que les hommes pour être considérées à moitié aussi bons qu’eux. » C’est un fait, c’est comme ça. Les mentalités changent petit à petit et je dit merci à ces séries ou films qui n’hésitent pas à le dire tout haut mais je dis surtout merci à ceux et celles qui n’hésitent à procéder aux changements !

Supergirl : le féminisme bouillabaisse #2
Dans les années 90 on avait le droit à Xéna, Buffy, Max de Dark Angel, merde ! même les soeurs Halliwell au début étaient de super figures féministes. Et puis le monde s’est lassé, ou je ne sais quoi et les vraies héroïnes se firent de plus en plus rares. L’industrie du cinéma et du comics sont mysogines depuis presque un siècle donc les créateurs et créatrices doivent redoubler d’efforts et d’ingéniosité pour faire changer cette mentalité. Avec des auteures telles que Kelly Sue DeConnick qui gère notamment Bitch Planet et Captain Marvel, la voix de l’égalité est entre de bonnes mains, mais c’est bien connu, le spectateur lambda ne lit pas (même les comics, c’est trop compliqué pour lui). Donc il faut un programme facile d’accès, attrayant, qui l’instruise sans qu’il ne s’en rende compte.

MANIPULATION MENTALE ! ! !

Donc Supergirl s’appuie sur une figure populaire mais pas trop (beaucoup ne savent pas que c’est la cousine kryptonienne de Kal-El aka Clark Kent aka Superman) dont l’univers sera non seulement familier mais aussi tout nouveau. Il y a donc un fort potentiel attractif pour les fans et les novices qui n’ont pas forcément envie de lire 1001 séries de comics.

La série cherche à mettre en place une intrigue classique sur les relations familiales (y a du Hamlet et du Othello c’est indéniable), l’intégration (puisqu’elle n’est pas originaire de la Terre) mais aussi sur un thème qui touche un large public qui est le fameux « Qui suis-je ? Et à quoi je sers ? ». Tout le monde s’est déjà posé la question et Supergirl ne déroge pas à la règle. Alors qu’elle était envoyée pour veiller sur son cousin, alors un bébé innocent, la petite Kara s’est retrouvée piégée dans la zone fantôme et ce n’est que des années plus tard qu’elle fut secourue par…son cousin devenu adulte et surtout devenu Superman. Donc non seulement elle se retrouve être une enfant alors qu’elle était plus âgée au départ mais en plus sa destinée qui était de protéger et veiller sur son cousin se retrouve mise en miette puisqu’il est l’être le plus puissant de la terre. D’ailleurs à chaque fois qu’elle parle de son cousin, avec sa soeur ou Jimmy Olsen, elle parle de Lui, comme on parlerait de Dieu, avec déférence. Kara place elle-même son cousin au-dessus d’elle mais aussi de manière inconsciente au-dessus des Hommes.

  • L’héroïne s’habille court et moulant

Quand la série commence, on découvre une jeune Kara qui a décidé de vivre une vie normale, sans utiliser ses pouvoirs, et semble plutôt satisfaite même si elle regrette ne pas faire plus. Cependant quand on parle de la jeune femme on a le droit à un remake mauvais du Diable s’Habille en Prada. Sérieusement, la série reprend tous les codes de la comédie romantique américaine de petite blanche hétéro et pour une série qui se clame être féministe c’est un peu mal-à-propos.

L’héroïne est le cas classique de beauté-cachée-par-des-lunettes, adorable car elle est tellement maladroite. Et puis elle travaille pour une patronne icône de la mode, ignoble, progéniture de Pol Pot et Anna Wintour. et puis les mecs semblent lui courir après mais elle ne les remarque pas (sauf le ultra beau gosse par si lui tu ne le remarque pas c’est que tu es aveugle) Bref, c’est à vomir. Les premières parties d’épisode (2 à l’heure actuelle) sont tout simplement à jeter non seulement car ça va à l’encontre de cette volonté féministe décidée par les créateurs car les comédies romantiques sont TOUT sauf bénéfiques pour l’image de la femme (puisqu’elle ne s’épanouie qu’une fois au bras d’un homme dans 99% d’entre elles. Je dis pas que c’est mal, je dis seulement que c’est un chouilla réducteur) mais aussi parce qu’on nous offre rien de nouveau, c’est lourd et répétitif.

Supergirl : le féminisme bouillabaisse #3

La maladresse de Kara est sincère, ça ne fait aucun doute. On voit tout de suite que la jeune femme est sensible et veut bien faire même si elle ne sait pas trop comment s’y prendre. C’est une idéaliste au grand coeur. OK mais pas la peine d’en faire une tonne avec des scènes qui sentent la lavande d’autant que son pendant héroïque Supergirl est largement suffisant.

Avec Supergirl, nous assistons à la naissance d’une icône dans le monde moderne. Alors que Superman a posé une empreinte indélébile sur notre planète, Kara/Supergirl va devoir se faire un nom par elle-même. Trouver sa propre marque de fabrique. Et si au début elle ne supporte pas le pseudonyme Supergirl car jugé réducteur vis à vis de son cousin et surtout vis à vis d’elle qui est une femme et non une fille, elle s’y fait très vite car bien obligée. En vrai, je n’imaginais pas les créateurs changer un nom créé dans les années 60 et apparu dans plus de 2000 titres, ça aurait été trop risqué. De plus, la réticence de Kara à être reconnue comme Supergirl dénonce un fait toujours d’actualité selon lequel les gens sont catalogués et une fois l’étiquette collée il serait presque impossible, voire illusoire d’essayer de s’en défaire.

Quand elle vole pour la première fois depuis des années elle vit une véritable révélation. Elle redécouvre une facette de sa personnalité qu’elle avait oublié, mise au placard. Et c’est là que les ennuis commencent car si elle est prête à assumer qui elle est vraiment, le monde n’est pas encore prêt à l’accepter pour cela.

Il faut faire contre fortune bon coeur.

  • Le Coeur d’un héros d’une héroïne.

Les secondes parties d’épisodes sont toujours les plus palpitantes car non seulement on a le droit à de l’action mais c’est durant les dernières 25′ que le personnages avance véritablement. Supergirl est une super-héroïne en cours de construction. Victime de critiques acerbes, elle est au début rejetée car jugée inutile, dangereuse alors que Métropolis a Superman le héros de tous les héros. Mais il nous ai rappelé qu’au début aussi Superman faisait des erreurs. Ce que j’aime avec Supergirl c’est que les proches de Kara lui laissent une chance de s’exprimer de la même manière qu’ils l’auraient fait si elle avait été un homme. ÉGALITÉ MOTHERFUCKER ! ! !

Supergirl : le féminisme bouillabaisse #4

Ce que j’aime moins ce sont les dialogues en carton – souvent déclamé par une femme – qui t’assomme d’un féminisme primaire et emporté du style « c’est parce que je suis une femme hein ? hein ? HEIN ? ». Ce genre de phrase ne fait pas avancer le schmilblick et le soucis avec Supergirl c’est qu’au détour d’une scène, d’un dialogue, les scénaristes essaient trop de nous gaver comme des oies sur l’égalité. Un peu plus de subtilité serait la bienvenue mais encore une fois, j’oublie à qui la série s’adresse. Quand on est un tant soit peu éclairé(e), au courant de la place de la femme dans la société on a un peu l’impression d’assister à un cours sur le féminisme et l’égalité donné par Dora l’Exploratrice.

On entend les mêmes phrases répétées à longueur d’épisodes. Mais c’est pas parce qu’on dit à Chipper d’arrêter de chipper qu’il le fait un jour !

Supergirl c’est la série qui te dit « les femmes sont aussi fortes que les hommes. » sauf que non seulement c’est fait avec les pieds mais c’est contradictoire avec les premières parties d’épisodes gnan gnan, licornes et arc-en-ciel. À moins que les scènes avec Kara ne soient vues qu’à travers le prisme de la société patriarcale dans laquelle nous évoluons depuis des milliers d’années et qui veut que les femmes soient de petites choses fragiles qui auront toujours besoin d’un homme à leurs côtés alors que les scènes Supergirl sont vues avec un oeil égalitariste moderne et novateur qui affirme l’indépendance des femmes et le combat permanent que tout le monde doit mener afin qu’un jour nous soyons tous et toutes unis dans nos forces et faiblesses…mais ça serait donner beaucoup de crédit à une série qui n’a que 2 épisodes pour l’instant.

Supergirl : le féminisme bouillabaisse #5

  • Supergirl : le féminisme bouillabaisse #6