David Nolande (2006) et les séries françaises

David Nolande (2006) et les séries françaises

Encore vendredi on m’a dit que je ressemblais à Frédéric Diefenthal, donc lorsque samedi je suis tombé sur 13ème Rue et que son joli minois est apparut à l’écran, j’ai décidé d’oublier un instant mes à-priori sur les séries françaises pour me poser quelques minutes.

C’est donc David Nolande que j’ai commencé à regarder. Je l’avais déjà croisé mais par habitude, des noms franco-français, un métro parisien, hop je zappe. Cette série est en fait réalisée par Joël Houssin dont je connais également Les Bœufs Carotte (Jean Rochefort et Philippe Caroit) qui avait déjà le mérite d’associer la culture et l’ambiance parisienne avec une intrigue bien ficelée et des personnages intéressant.

La série a reçu trois récompenses au Festival de Saint Tropez 2006 et n’a compté qu’une saison de six épisodes (un peu à la manière de la BBC), la seconde ayant été annulée à cause d’un con souci de délais. Elle compte d’autres acteurs français aux visages connus, Edouard Montoute et Elsa Kikoïne, notamment (bien qu’elle ait eu de meilleurs rôles).

Synopsis : David Nolande a une femme qu’il aime et une fille adorable, un type plutôt normal. La nuit, en voiture, il évite un chien noir et rentre par accident dans une roulotte gitane, tuant du même coup la cartomancienne qui y vivait. Son procès étant déclaré un non-lieu, le « chef » des gitans maudit David, le chargeant de sauver un certain nombre de personnes pour racheter la vie qu’il a prise. S’il ne le fait pas, ce sont ses proches qui mourront.
Ce que j’apprécie dans David Nolande, c’est qu’elle réconcilie avec les séries françaises sans tenter d’imiter les américaines (du style R.I.S.). C’est réellement un bon mélange qui donne de l’espoir pour l’avenir du petit écran.

Elle tire de la culture française :

–          Une recherche constante de réflexion. Comme dans une majorité de films français, on doit finir par se poser des questions plutôt que trouver des réponses.

–          Un thème « mariage/famille/couple » bien présent. Vous l’avez peut-être remarqué, mais constamment on trouve au cinéma, à la télé, ou au théâtre, un couple qui se dispute, une famille pleine de tensions. La séparation, les problèmes de couples semblent être un sujet souvent abordé en France.

–          Une ambiance française présente mais pas intrusive. On se retrouve dans le métro parisien, avec des noms français, une attitude et un sens des relations humaines tout français qu’on ne trouve pas ailleurs. Propres au cinéma français, une importance est accordée au tutoiement / vouvoiement, à la méfiance constante entre les individus, à une violence contenue toujours présente.

–          Des symboliques tirées de légendes françaises. Comme je n’habite pas loin de chez Claude Seignolle, j’ai un peu de culture, alors le « chien noir » par exemple, me fait sourire.

Le tout agrémenté d’une tension que des critiques auront comparé à 24, d’ailleurs le nom du personnage principal, « Nolande », montre bien que celui-ci ne trouvera le repos nulle part. Accablé par des rêves la nuit (de manière plus crédible que l’ennui mortel que me provoquent les « réveils en sursaut » de chaque début de Medium), et hanté par la menace constante sur ses proches pendant le jour, forcé à parfois à une enquête aux élans désespérés, ou à une attente insoutenable d’un évènement improbable…

Ajoutez à ça une intrigue principale assez métaphysique du style « quand Dead Zone rencontre Demain à la Une » (Buzzline.fr). Bien sûr ce thème-là est bourré d’incohérences, nous n’avons pas encore le souci du détail qu’on trouve dans des Journeyman, ou des Lost (ouais, bon, j’ai rien dis), mais certaines des questions qui se posent dans David Nolande trouvent une réponse logique, c’est déjà bien.

Il y a plusieurs défauts majeurs, malheureusement.

–          Les personnages

Les personnages sont clichés. Le héros est un type normal, sa réaction à la situation est intéressante psychologiquement mais… Il n’a pas particulièrement de caractère, malgré l’interprétation assez réussie de Diefenthal. Les autres sont des faire-valoir. Une « minorité » espiègle, ami fidèle. Une femme-mère aimante mais soucieuse. Un vieux détective à-qui-on-la-fait-pas aux méthodes parfois louches. Que voulez-vous de plus ?

–          Le rythme

Avouons-le, la série est parfois peu dynamique. Il y a de merveilleuses scènes floues, style flash back, rêves, idées en vrac, mais elles sont trop courtes et pas assez intenses. Les rêves qui sont sensés pourrir les nuits de David paraissent parfois plutôt sympathiques, voire ennuyeux.

–          Genre pas assez poussé

Evidemment s’ils avaient poussé le genre thriller-fantastique-bizarre-français un peu plus, on aurait pu le leur reprocher, mais selon moi il y a du y avoir une sorte de blocage, de peur d’en faire « trop », et du coup les choses ne sont pas assez poussées. Il y a quelques pistes, comme les symboles type « chien noir », mais ils ne sont malheureusement pas assez exploités.

En bref, nous avons là une série qui parvient à conjuguer à la fois une intrigue accrochante, un dilemme psychologique que les plus sadiques ne peuvent qu’apprécier, et un joli mélange entre les genres. Je pense que la série vaut le coup d’être vue malgré ses défauts, et ce genre d’initiatives encouragées pour la télévision de demain, parce qu’en quatre ans, on n’a toujours pas vu mieux sur les ondes hertziennes.

Sur ce, je vous laisse, ça sent le bébé grillé et il y a un grand gitan à chapeau qui me regarde bizarrement.