[Cinéma]L'odyssée de Pi

Le 19 décembre 2012 sort le dernier film d’Ang Lee, L’odyssée de Pi, adaptation du best-seller de Yann Martel, l’histoire de Pi publié en 2001.

[Cinéma]L'odyssée de Pi

Piscine Molitor Patel, dit « Pi », jeune indien de Pondichéry, est le fils du responsable du zoo local. Amenée à déménager les animaux du zoo, la famille embarque avec la ménagerie sur un cargo japonais pour rejoindre le Canada. A la suite du naufrage du cargo, le jeune Pi est contraint de survivre seul dans une barque, enfin pas vraiment seul puisqu’il devra composer avec Richard Parker, un tigre.

Dans le film, l’histoire est contée par Pi à un écrivain en panne d’inspiration. La narration se décompose en deux parties principales. 40 bonnes minutes sur la jeunesse de Pi, d’où vient son nom puis son surnom qui ne coule pas de source et surtout son intérêt pathologique pour les religions puisque dès qu’il en découvre une, il se convertit. Alors ça paraît long, ça l’est, mais en même temps ça équilibre avec le reste des 2 heures que comptent le film, où Pi sera seul au milieu de l’océan pacifique avec le tigre. Cette seconde partie, survie en milieu océanique, recèle un peu d’humour, des techniques de survie, des délires oniriques très esthétiques et l’évolution progressive du rapport avec le fauve.

L’écrivain vient quémander à Pi son histoire par appétit de sensationnel et de spiritualité. Pour l’incroyable et le sensationnel, lui et le public sont servis. Survivre 227 jours au milieu de l’océan avec un tigre c’est déjà pas mal, à cela s’ajoutent des délires visuels, certes très jolis mais sans sens ni but et une escapade ubuesque sur une île (c’est là qu’on se dit que le soleil et les carences ont sérieusement nuit à ce pauvre Pi). Pour le côté spirituel, là on s’interroge sur l’intérêt que Pi soit hindouiste, chrétien et musulman. Aucune des religions n’est vraiment approfondie, leur présence ne révèle rien, l’islam y est carrément anecdotique, le christianisme intervient un peu dans la jeunesse et l’hindouisme est presque caricatural. Pi semble attirer par toutes les religions mais n’en retire pas grand-chose, aucune sagesse si ce n’est une foi aveugle sans profondeur. On ne voit ni parallèle ni motivation et du coup on se demande pourquoi on nous bassine avec ça depuis le début du film !


L’Odyssée de Pi

Enfin il y a quand même des points positifs comme le fait qu’au départ Pi partage sa barque avec un zèbre blessé, une hyène puis un orang-outang, le tigre n’apparaissant que plus tard enfin pas si tard puisque ces animaux ne font pas long feu. Je me suis d’ailleurs demandé à quoi servait leur courte présence jusqu’à la fin du film où face au scepticisme bien compréhensible de l’écrivain, Pi délivre une autre version de son histoire. Le parallèle entre les deux versions est lui très intéressant et ouvre plus de perspectives que tout le reste de l’histoire. Les acteurs sont excellents en particulier celui qui incarne le Pi naufragé de 16 ans (Suraj Sharma) qui est très doué pour faire passer les émotions et nous garde avec lui pendant ce film pourtant perclus de longueurs. Le rapport au fauve est lui aussi bien traité, la relation entre Pi et Richard Parker évolue sans tomber dans l’enfantillage, la domestication ou une amitié « bisounours ».

J’aborde pour finir la 3D, James Cameron a dit de ce film qu’il révolutionnait l’usage cinématographique de la 3D. Bon bah va falloir qu’il arrête de fumer James ! C’est vrai que je ne suis pas un grand fan de la 3D, je trouve que son intérêt se limite à un jeu avec le spectateur qui n’est pas possible dans toutes les situations. Ici je n’ai percuté qu’elle devait être présente quasiment en permanence qu’avec le mal de crâne que j’ai eu à la sortie de la salle. Je me doute qu’elle a dû amplifier certain moments de tourmente océanique et rendre certains délires oniriques plus grandioses mais autant, ça fait sacrément mal aux yeux à la fin !

A mon humble avis, ce film n’est pas un chef d’œuvre mais son esthétique valide une vision sur grand écran plutôt que sur petit où il n’aurait plus grand intérêt, enfin le louper n’est pas franchement grave.