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Il était une forêt - Tout pour exceller dans l’art de se tenir debout.

Il était une forêt - Tout pour exceller dans l’art de se tenir debout.

Il était une forêt de Luc Jacquet fait partie de ces films par lesquels Disney essaie de se donner bonne conscience et de se refaire une virginité en assurant leur distribution. Cependant avec un éminent botaniste comme François Hallé aux commandes, on pouvait s’attendre à quelque chose de regardable.


Et regardable, ce film l’est : soit sous acide, soit si on veut se procurer les effets de l’acide par suicide neuronal. Pour ce second effet, il faudrait en outre que quelque chose vous oblige à le regarder jusqu’au bout (moi c’était un embryon de conscience professionnelle se développant avec ma première mission pour AMHA et surtout les béquilles de ma voisine de droite), l’instinct de survie poussant à fuir cette torture audiovisuelle.

Le discours principal est le suivant « Les arbres des grandes forêts primaires sont des géants immobiles qui communiquent entre eux, de défendent, se reproduisent et luttent même parfois pour une place au soleil. Ils ont beaucoup à nous apprendre. Nous sommes tout petits, et de toute façon la forêt triomphera à la fin, même si ça prend 700 ans, alors dormez en paix citoyens conscients de votre insignifiance. ». Si vous n’avez jamais vu de votre vie un documentaire sur France 3, ou jamais ouvert un Sciences et Vie Junior sur les arbres, vous avez une chance d’apprendre quelque chose. Sinon vous n’aurez que le désespoir d’entendre François Hallé débiter platitude grandiloquente sur platitude grandiloquente, victime ici de sa propre notoriété : ses travaux sur les modes de communication et la sensibilité des arbres ont fait le tour du monde et ce que ce film montre n’est qu’une version vulgarisée jusqu’à l’insulte de ce que l’on apprend dans la moindre émission « scientifique » depuis dix ans.

La musique est le seul élément de la bande son à ne pas être totalement insupportable (le reste étant constitué de re-création de « sons du sous-bois équatorial » digne d’une serre de jardin public ou d’un disque de chez Nature et Découverte et de l’indigent baratin de Hallé) : on a droit au traditionnel style classiciste des « beaux films à paysages somptueux » mais heureusement tiré vers un côté Elfman/Shore à coups de chœurs féminins, éventuellement recyclable dans webséries et podcasts. Le jour où un docu-fiction naturaliste osera souligner l’attaque d’une énorme chenille par une téméraire fourmi (seul moment un peu trépident du film) par un bon gros riff de power metal je croirai en l’avenir du cinéma français.

Il était une forêt porte l’incongruité au rang d’art. Ces gens ont un matériel de compétition, ils réussissent des plans macro incroyables sur l’intérieur d’une branche creusée par les fourmis, sur le ballet aérien d’une chauve-souris fruitière (l’instant choupi) et… la moitié du film est occupé par des dessins illustrant la croissance des plantes avec une laideur, un cheap, un amateurisme qui feraient vomir des publicitaires de chez L’Oréal. On croirait l’enfant graphique contre nature d’un schéma de C’est pas sorcier et d’une pub pour un shampoing aux plantes. Cinq bonnes minutes étant consacrées à ces dessins laids de plantes approximatives sur un fond flou… oui… vraiment, une sorte de sous-power-point d’étudiant en botanique…
C’est à ce moment là je crois où j’ai perdu toute espèce d’espoir et où je me suis laissé aller à l’inanité de cette production. A un moment j’ai même cru voir un hommage au TARDIS dans l’illustration « esthétisée » des énergies circulant au travers des arbres décrits comme « les maîtres du temps », ou alors c’était une illustration des théories de Rudolf Steiner, au choix. J’ai refoulé un petit rire nerveux quand, en plus des dessins, la « communication » des arbres a été rendue par des voix chuintant un charabia pseudo-ancestral. Et j’ai su que j’étais en train d’atteindre l’extase de la parfaite dissolution neuronale à l’écoute de la phrase suivante : « Être arbre, c’est exceller dans l’art de se tenir debout. »

HdO