Des vraies propositions de lutte contre le piratage

Je n’ai pas pour habitude de parler politique ou d’afficher mes opinions sur le fonctionnement de notre économie. Mais là, j’ai décidé de faire un article constructif, non pas pour pousser ma gueulante comme tant le font, non pas pour trouver des moyens de “pirater” des contenus culturels (peut-on appeler piratage le fait de taper le nom d’une série dans Google ?), mais pour simplement essayer de trouver un moyen constructif de diminuer le piratage (attention je ne parle pas de l’éradiquer et m’expliquerai plus tard sur ce point).

Ce message s’adresse donc à tous les acteurs du marché des produits culturels : télévision, cinéma et musique.

  • Pourquoi le téléchargement illégal ?

Je pense que la meilleure façon d’introduire les solutions est d’abord de parler du problème et de tenter de le comprendre :

– La facilité
Sans avoir l’intention de nuire, le téléchargement illégal c’est facile; en deux clics et sans rien connaître à l’informatique, on trouve de tout ! L’internet est un formidable moyen d’échange et surtout de découverte. Il a été pendant très longtemps et encore aujourd’hui dans la plupart des cas, plus facile de télécharger illégalement que d’acheter légalement un produit.
La raison : Le retard réel que les acteurs du marché ont pris en quelques années sur le marché numérique et de l’internet comme canal de distribution.

– L’usage
Il en découle forcément référencement profond de tous les canaux de diffusion non officiels. Tapez “Desperate Housewives épisode” dans Google et vous comprendrez qu’il y a un problème évident. Ce problème de référencement peut être amoindrit mais avec du temps et beaucoup de travail en utilisant des techniques intelligentes (donc investir dans des développeurs et référenceurs spécialisés) et en communiquant dessus notamment sur les réseaux sociaux mais également en passant par les sites des artistes.
Il en découle un usage évident des premiers canaux de diffusion qui se sont imposés dans les mémoires. De ce fait, pour la musique par exemple, aucun jeune n’achète de la musique sur des canaux de distribution légaux.
Pour autant, la majorité des gens sont “collectionneurs” et s’ils sont réellement fans de quelque chose, ils se le procureront même à des prix prohibitifs pour peu qu’il y ai une véritable valeur ajoutée : Places de concert, CD collectors avec live, etc… Tous les fans d’Indochine (pour ne citer qu’eux) ont à la fois tous les mp3, divx de live etc… MAIS ÉGALEMENT tous les produits officiels et dérivés.
Le téléchargeur fan, achète beaucoup !

Et cela est rentré dans les mœurs… Les gens testent avant d’acheter.

– Explosion des contenus culturels
Là encore, pourquoi les jeunes téléchargent ? Parce qu’il y a tout simplement énormément de contenus à découvrir (soit dit en passant, il y a aussi eu une explosion des possibilités de stockage: on utilise sa clé USB, son disque dur externe , une carte SD ou même son baladeur/téléphone). On diffuse beaucoup plus de films, séries, musiques qu’il y a dix ans et ça augmente de plus en plus.

– Augmentation des prix
Et inversement à cette explosion de contenus, les prix ont éclatés. Un simple exemple est le prix d’un ticket de cinéma : 18 francs mon ticket dans un Gaumont quand j’avais 15 ans, 9€90 maintenant… y a un souci…
Je ne parlerai pas non plus des prix des CDs (28€ l’album de Liquid Tension, 2nd experiment en 2003 à la Fnac, le prix d’un  DVD à l’époque !!!).

– Médias non synchronisés, mondialisation
Cet argument est le meilleur que j’ai pour la diffusion TV. Je reprendrai un exemple très simple : Toujours sur la série Desperate Housewives, tous les magazines people, les sites internet et même les journaux télévisés parlaient de la diffusion de nouveaux épisodes… aux États-Unis…
Oui, vous commencez à comprendre que même UNE MERE DE FAMILLE qui n’est même pas née à l’air du tout numérique (40-50 ans), normale, qui achète son pain, qui achète même ses CDs préférés de Céline Dion va aller chercher les épisodes sur Internet plutôt que d’attendre UN AN pour voir la série dont elle est accro.

Le fait de parler d’un produit, émission, film, série, musique, disponible dans plusieurs pays et pas dans SON PAYS, créé une frustration !

– Logique incontournable
Vous vous douterez donc que :
Prix + Nombre de contenus à découvrir + Usage + Référencement + Communication mal gérée = Téléchargement illégal

  • Des solutions qui enrayeront environ 30% à 50% du téléchargement illégal total en France

Bien évidemment je n’ai pas la science infuse et pas mal de ces solutions ont été mises en place et/ou vont l’être dans les mois à venir ou seront tout simplement irréalisables pour des raisons que je ne maitrise pas.

1/ Une diffusion simultanée (ou quasi) avec les États-Unis
Plus de 90% des contenus téléchargés en France viennent des US (et sont principalement des séries), car les gens veulent voir leur séries et films en même temps que tout le monde. Avec les nombreux partenariats qui existent entre les chaines ,cela doit être possible de pré-doubler les contenus avant leur diffusion. En ce sens, M6 avait fait pas mal d’efforts avec Prison Break diffusée seulement six semaines après les US.

2/ Du catch-Up TV Gratuit sur PC & ADSL
Le catch-up c’est la possibilité de rattraper les programmes qu’on a loupé, M6replay.fr l’a très bien compris et propose aux internautes de regarder toutes leurs émissions et séries pendant une semaine. Depuis quelques jours, M6Replay est disponible sur les NeufBox et nous l’espérons, bientôt sur les autres.
Pour prendre l’exemple inverse qu’il ne faut pas faire : TF1. qui en plus de diffuser les séries à des heures impossibles (Fringe, Heroes à 23h30) ne fait quasiment que du catch-up payant à plus ou moins 2€ par épisode. Multipliez par 24 épisodes d’une saison… et oui, le catch-up est plus cher que d’acheter les DVDs. L’intérêt pour le consommateur est nul. Je dirais que c’est ce genre d’initiative qui pousse au téléchargement illégal.

3/ Baisser les prix ?
Les DVD, sont enfin devenu très intéressant pour les consommateurs, sur CDiscount (pour ne citer qu’eux) on trouve de nombreux DVD à moins de 10€ (même moins de 5€) et les nouveautés tournent autour de 15€ ce qui est un tarif acceptable pour le consommateur. Attention toute fois, l’arrivée des BluRay qui comme n’importe quel nouveau produit propose des prix assez forts ce qui commercialement n’est pas du tout intéressant pour le consommateur qui commençait à s’habituer à des DVD collectors neufs autour de 16€ alors qu’un BluRay coute pour son équivalent 25/28€. Certains diront que la HD coute cher, c’est vrai, mais si vous voulez démocratiser un nouveau support, un effort commercial est nécessaire D’AUTANT PLUS que ces mêmes BluRay sont disponibles à l’étranger pour moins cher (18/21€) proposant même des pistes ou sous-titres français ! Est-ce un problème de taxe ? ou les revendeurs français se font-ils plus de marge ?…

L’industrie du cinéma, même si elle a beaucoup augmenté les tarifs des places,  a quand même fait des efforts avec les réductions étudiants, les cartes familiales (5 places à 5,50€) et surtout les cartes intégrales (que nos voisins américains nous envie tant). En revanche un élément que l’on n’avait pas prévue vient éclater les tarifs à la hausse : La 3D !
La 3D actuelle nécessite d’investir dans des lunettes spéciales qui coutent très cher aux cinémas. Le prix s’en voit donc répercuté sur les places mais surtout sur les cartes intégrales. En effet, le spectateur doit rajouter 3€ par film pour la 3D ce qui tenant compte de l’explosion de ce type de support, rend totalement inintéressante l’offre intégrale… dommage. Je conseillerai d’une façon ou d’une autre aux cinémas ou aux studios soit de ne pas faire trop de films en 3D (pour une qualité plus que variable selon les films) et si possible de ne pas toucher au prix des cartes intégrales.

La musique, qui est au centre de nombreux débat. Les problèmes sont multiples et  les solutions ne peuvent pas plaire à tout le monde :

Le premier point à souligner et qui est extrêmement important : Personne n’achètera un produit dématérialisé au prix de son équivalent matériel ! Donc le le premier acte que doivent faire les distributeurs officiels de musique est de baisser le prix des mp3.
Deuxièmement, le CD n’est pas mort ! Très loin de là car le support physique est rassurant, il est beau, il est concret et surtout il est collector. De ce fait amis producteurs, investissez dans des albums à valeur ajoutée avec livrets, paroles, dvd ?, lives etc… bref quelque chose qui apporte plus que la musique.
Troisièmement et c’est l’élément qui ne plaira pas aux majors : le CD Single est mort ! Si l’on veut une chanson qui ne durera que le temps d’un été (ou d’un émission) au mieux on l’achètera en mp3.
Enfin, les artistes gagnent désormais plus d’argent avec leurs concerts (dont les tarifs ont eux aussi explosés). Le métier de chanteur par exemple est désormais qualifié par les fans sur la base de son travail régulier et non plus d’un enregistrement sur un support. La musique n’a plus de valeur que lorsqu’elle est mise en évidence : via un artiste, un évènement ou un support à valeur ajoutée.

4/ Se résigner sur les nouveaux usages et la consommation de la culture
Un adolescent de 15 ans va dépenser en moyenne par mois : 6/12 € de manga, 10-15€ de DVD, 5/10€ de musique, 5/10€ de cinéma. Ils ne pourront pas payer plus quoi que vous fassiez ! Et oui, c’est dur à dire mais il y a tellement de produits culturels que l’on doit désormais faire des choix et si l’on télécharge illégalement un contenu cela ne veut pas du tout dire que c’est un manque à gagner pour deux raisons :
– Rien ne dit que le contenu téléchargé sera conservé. 70% des contenus téléchargés illégalement sont supprimés 48H après première utilisation.
– Le téléchargement illégal est désormais un mode de consommation et surtout de “pré-achat”. Et oui, beaucoup de sociétés soutiennent le contraire mais en prenant en compte tous les argument cités dans cet article le téléchargement a un effet positif sur les ventes de produits culturels ! car le téléchargeur découvre de nouveaux produits/artistes à travers ce canal et s’il l’apprécie plus il l’achète. Le téléchargeur est aussi un collectionneur et le fan est prêt à dépenser des sommes astronomiques pour des produits collectors de qualité (Pensez à la bande originale intégrale collector du Seigneur des anneaux : 3 X 60€ pour 3 CD et 1DVD = en rupture de stock avant même sa sortie (et encore à 49€ sur Internet) !

Conclusion

Les gens consomment de plus en plus et achètent de plus en plus cher. L’industrie du cinéma enregistre des recettes records et les ventes de DVD sont toujours aussi importantes. Donc il faut arrêter d’avoir peur, les gens téléchargent mais achètent. Le problème est qu’il y a tellement de produits culturels à acheter que le consommateur doit tout simplement faire des choix. Un jeune préférera investir 25€ dans une place de concert que 15€ dans un album qui sera diffusé à la radio, Tv et Internet (Deezer, Youtube, Dailymotion, Spotify etc…). Et ça les artistes l’ont compris et nombreux sont ceux qui proposent désormais des contenus gratuits sur leur site.
Ce sont sur ces choix que les entreprises et artistes doivent tout miser, c’est à dire apporter un contenu qualitatif à valeur ajoutée afin de justifier le prix.

Et je finirai par une simple réalité : aujourd’hui tout le monde télécharge : les adolescents, les étudiants, les employés, les cadres, les adultes, les pauvres, les riches… TOUT LE MONDE ! Et cela ne changera pas avec de la répression car les personnes qui veulent échanger des contenus trouveront toujours un moyen détourné pour le faire. Une des grande mode en école ou dans les bureaux est de s’échanger les séries par clé USB… bah oui, on revient au système d’échange classique.

N’oubliez jamais que les téléchargeurs ou “pirates” comme on les appelle veulent aussi acheter alors répondez simplement à leurs attentes.

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jayer

Jayer est le créateur de AMHA.fr
Souvent considéré (à mal) comme un adulescent , c'est tout simplement un homme qui vit au rythme de ses passions : BD, Dessins animés, Fantasy, jeux et du gros délire.