La fermeture des Jeux Descartes

La fermeture des Jeux Descartes

Après les boutiques de Bordeaux, Pasteur, et plus récemment Lyon, c’est au tour de la boutique Jeux Descartes du 17e arrondissement de mettre la clef sous la porte.
Qui, s’intéressant un tant soit peu au monde du jeu, n’a jamais entendu parler des boutiques Jeux Descartes ? Symbole emblématique du jeu pour les joueurs à la francaise, Jeux Descartes s’est institué en plusieurs décennies comme une véritable icône du divertissement ludique, nottament lorsque l’on voulait sortir des classiques de la grande distribution (Monopoly, Trivial Pursuit & Co.). Créée en 1978 par un anglais fan de wargames, elle a été propulsée au rang de leader de l’édition de jeux, produisant d’excellents classiques tels que Supergang ou Formule dé pour les jeux de société ou bien Warhammer et Ambre pour les Jeux de rôles... Pour ne citer qu’eux. C’est en 2005, apres plus de 25 ans d’existence, qu’ils furent rachetés par un grand éditeur de jeux, Asmodée… L’enseigne s’est alors restreinte aux simples boutiques citées plus haut, et l’activité éditoriale a été reprise par leur acheteur, qui changea quelque peu la politique de la maison et conserva le nom uniquement pour les boutiques.
les changements furent effectivement plutôt radicaux, car 4 ans après, il ne reste plus qu’une seule boutique resistant encore et toujours a l’envahisseur : le Jeux Descartes de la rue des Ecoles, dans le 6e.

Si j’écris ce billet c’est parce que j’ai moi-même travaillé pendant 5 ans dans la boutique du 17e arrondissement, le “Descartes meissonier”, qui ferme aujourd’hui. Et que je voulais leur rendre hommage. La boutique du 17e était une boutique de qualité : La gamme de jeux proposée était vaste, le personnel très compétent et toujours pret à rendre service au client – voire à devancer ses attentes. C’etait egalement la derniere boutique à avoir un aussi grand choix de Wargames et maitriser autant le sujet, sans parler de la vaste étendue de figurines historiques et fantastiques mise à la disposition d’une clientèle peu nombreuse mais tres pointilleuse. La disparition de l’enseigne va sans aucun doute laisser un vide et faire place à une grande bouffée de nostalgie… Les Descartes qui ferment, c’est une époque qui disparait, une page qui se tourne.

Quel avenir pour les boutiques ?

Mais, me direz-vous, que va-t-on trouver à leur place ? Un modeste boulanger, un simple charcutier qui ne comprendra pas quand vous lui commanderez un Descent into the Darkness : the tomb of Ice expansion ?
Nous pouvons espérer que non : Les boutiques en tant que telles ont été rachetées à Bordeaux comme à Lyon, et vont continuer à distribuer des jeux. Pour Meissonier, rien n’est sur, mais l’on peut encore espérer un racheteur gravitant dans le monde ludique. Quant à la dernière boutique survivante, à la rue des Ecoles… On ne peut que lui souhaiter de maintenir la barre bien haut ! 

A priori, les joueurs trouveront toujours une boutique à leur emplacement habituel pour la plupart des magasins, d’autant plus que Bordeaux et Lyon ont négocié de pouvoir garder le nom de l’enseigne pendant 5 ans, afin de ne pas dépayser la clientèle. Par contre, y trouveront-il le même panel de jeux, le même catalogue bien fourni ? Nous ne pouvons que l’espérer, et qu’ils puissent même y trouver bien plus encore. Il faudra garder à l’esprit que la politique du magasin changera peut-être, abordera une différente optique… Pour le meilleur ou pour le pire, l’avenir nous le dira !

Mais pourquoi ca ferme ?

Ca ne serait pas mentir que dire que la vente sur internet fait du mal aux boutiques, même à celles possédant d’une VPC, et que la clientèle se fait plus rare qu’il y a quelques années. Ni même que la boutique Meissonier était très excentrée et ne bénéficiait pas d’un emplacement avantageant son fond de commerce. Ou encore que le jeu de rôle va mal, principalement de par sa nature (sur 6 joueurs, un seul achetera UN livre qui pourra lui durer des années s’il ne veut pas acheter plus, sans compter le téléchargement illégal des pdf en tout genres). Mais force est d’avouer que ce n’est pas la seule raison : sans trop m’étendre sur le sujet, je pense que l’on peut supposer qu’Asmodée ne désire simplement plus s’encombrer des boutiques, préférant se concentrer sur son activité d’éditeur. Sans le géant du jeu pour les soutenirs, les boutiques sont donc bien obligées de trouver un racheteur pour survivre : c’est que ca coute des sous un commerce !

Personnellement je n’use moi-meme la vente internet qu’en de très rares occasions, lorsque je dois acheter un exemplaire introuvable en boutique ou autres cas exceptionnels. Je pense qu’avant d’acheter un produit, et un jeu en particulier, rien ne vaut la possibilité de le regarder, le toucher, le compulser, et surtout de pouvoir demander conseil à un vendeur habitué à ce domaine et pouvant partager son expérience, me donner son avis.
En cela, l’équipe de la boutique de Meissonier était irréprochable. Je leur tire ici mon chapeau, leur souhaite une bonne continuation et un avenir heureux ainsi qu’à toutes les boutiques Descartes dont l’existence, à mon humble avis, est loin d’etre compromise. Ce ne sera peut-être plus le philosophe familier qui nous aceuillera du haut de sa vitrine chargée de jeux, mais espérons que les sourires des vendeurs, eux, n’auront pas changés.

Descartement vôtre,
E.R.84.

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