Halloween et sa mythologie

Ça y est, c’est Halloween !

On trouve des citrouilles en papier crépon et des toiles d’araignées accrochées aux toits des Mc Do, on croise quelques groupes de jeunes sorciers se rendant à une fête costumée, et les monoprix sont remplis de paquets de bonbons en forme de petits fantômes…

Depuis un certain nombre d’années maintenant, la France a pris l’habitude de célébrer cette fête originaire d’outre-manche prenant place la nuit du 31 octobre au premier novembre (au moment où l’on s’apprête à célébrer la Toussaint sur le calendrier catholique). Nombreux sont ceux qui trouvent cette fête commerciale, mais rare sont en connaissent ses véritables origines…

Pour mon premier dossier, j’ai donc décidé de profiter de l’actualité du moment et de vous parler un peu de cette ancienne fête païenne remise au goût du jour depuis quelques années. Attention, je ne m’appelle pas Mr. Wikipédia et je ne vais pas vous faire un article expliquant les différentes fêtes d’Halloween à travers le monde, les activités pratiquées, les implications économiques de cette fête ou que sais-je encore : je suis beaucoup plus intéressé par les origines premières d’Halloween et la mythologie qui se cache derrière la fête païenne…

Alors, prêts pour un petit tour dans les mythiques terres d’Irlande ?

Halloween et sa mythologie

La tradition de Halloween remonte en grande partie aux civilisations celtiques, et plus particulièrement aux tribus païennes d’Irlande, qui peuplaient l’île quelques milliers d’années avant J-C.

Avant de nous pencher en profondeur sur le sujet, précisons que le passé irlandais est très intéressant sur un point: la distinction entre faits historiques et faits légendaires est très floue. Les récits qu’on pu recueillir les historiens sur la “préhistoire” de l’Irlande sont un mélange de chroniques et de sagas… Des tribus telles que les Fomores ou les Tuatha Dé Danaan ont bien existé, mais elle sont vues comme des anciens dieux auxquels ont prêtait toutes sortes de pouvoirs surnaturels… Des peuplades qui se battaient auparavant pour la domination de l’Irlande ont été élevées aux statuts d’êtres divins, puis, bien plus tard, rabaissées à celui de fées du folklore.

Fort de ce passé mythologique, les différentes tribus habitant la verte terre des leprechauns avaient de nombreuses croyances concernant l’Autre monde — celui des esprits et des créatures malignes.
Les esprits et autres fées étaient assimilées au peuple du Sidhe, une race d’êtres immortels, envoûtants, excessivement doués dans les différents arts (poésie, musique, chant..) et, il faut le dire, capables de “magie”.
Ce peuple Sidhe vivait sous les terres d’Irlande. Selon les légendes, c’était donc un des anciens peuples de l’île, les Thuata Dé Danaan (prononcer “Too-ha Day Dann-aan” avec un accent anglais). Ce peuple n’avait rien de moins que le pouvoir de dieux et fut, entre autres, le défenseur de l’île face aux Fomores, de terribles pillards, et leur chef Balor à l’Oeil Mauvais, également considéré comme un dieu. Après de nombreuses années de lutte ils parvinrent à se débarrasser des Fomores et régnèrent sur l’Irlande des temps passés pendant longtemps, mais finirent par laisser eux-même la place a un nouvel envahisseur : l’homme. Ils se retirèrent alors de la surface pour vivre dans un autre monde.
Le peuple Sidhe remonta par la suite de temps en temps à la surface de l’île pour entrer en contact avec des humains, lors de diverses occasions narrées par les contes et légendes celtes…Notamment lors de la période de Halloween, appelée Samhain à l’époque.
Halloween et sa mythologie #2

La Samhain

Il est une nuit particulière où la limite entre le monde des esprits et le monde des hommes se rapprochent : c’est la nuit de la Samhain.
La Samhain est une date importante dans le calendrier très complexe des Celtes (dont je vous épargne les long et douloureux détails). C’est un festival célébrant la fin de l’été, le début de l’hiver et la nouvelle année celte. Ceux-ci fondaient leur calendrier sur l’élevage du bétail, et la Samhain marquait le moment où l’on rassemblait les troupeaux pour l’hiver.
La Samhain avait lieu de la tombée la nuit du 31 Octobre à la fin de journée du 1er Novembre.Elle pouvait être étendue plusieurs jours avant et après cette date, ce qui a valu au mois celtique de Novembre d’être également appelé Samhain.
Je vous entends alors me dire: “Mais pourquoi commencer la nuit du 31 ?
La réponse est simple: dans la philosophie druidique, l‘être est issu du non-être. L’homme et la vie sont créés à partir de rien…Ainsis, les gaulois se disaient issus de Dis Atir, ou Orgos, le dieu de la mort et des ténèbres, représentant le non-être et le chaos. Du coup l’année gauloise commençait a l’approche de la saison sombre, la saison d’Orgos (qui donna par ailleurs l’Ogre des contes et légendes modernes).
De même, les journées celtes se comptaient en nuits : le jour commençait à la tombée de la nuit et durait jusqu’à la tombée de la nuit du lendemain, ce qui explique donc que la Samhain commence le 31 au soir.
Les grandes assemblées des 5 provinces d’Irlande avaient lieu au palais royal à Tara lors de la fête de Samhain: marchés aux chevaux, foires, rituels pastoraux et discussions politiques prenaient place… Il y avait aussi un deuil rituel pour la “mort” de l’été, des réunions d’ordre politiques et militaires. C’était un temps de paix ou vol, violence et port d’armes étaient punis de mort à la capitale.
Plus qu’une gigantesque assemblée, la Samhain etait considérée comme un moment de grand danger et de grande vulnérabilité pour le peuple des hommes, car il se tenait à la limite de deux années : cette journée se situait en réalité à l’extérieur du temps, hors de tout calendrier, alors que les lois de notre monde étaient suspendues.  Les barrières entre le monde tel que nous le connaissons et le monde surnaturel disparaissaient, et esprits comme humains pouvaient aller et venir du Sidhe au monde des vivants.
C’est également le début de la lutte des forces de l’obscurité sur celles de la lumière ; cette lutte durera tout l’hiver et prendra fin lors de la fête de Walpurgis, le 1er mai.

Quelques coutumes de la Samhain

  • De gigantesques bûchers étaient allumés lors de la Samhain. Les feux devait être éteints la veille de la Samhain, et le soir du 31 les druides allumaient des feux rituels. Les braises brulantes étaient alors utilisées pour allumer les feux des foyers. Pourquoi ? Car le feu était souvent lié au soleil, et le soleil réchauffait les cieux comme le feu réchauffait la terre. C’était un élément purificateur, un don du soleil aux hommes. Le feu était une force surnaturelle, capable d’illuminer et de réchauffer, mais aussi de détruire . Les bûchers avaient pour but d’accueillir et encourager le feu comme une force fertile et réchauffante
  • Parfois, le peuple se déguisait pour la Samhain. Ces accoutrements avaient pour but de se protéger des esprits, soit en les effrayant, soit en s’y identifiant, afin qu’ils ne vous reconnaissent pas
  • Certaines légendes couraient également sur le fête que quiconque ne participerait à la fête trois jours ou après, se condamnait à la folie et la mort. Cette crainte surgit à partir du moment où la Samhain devint célébrée sur plus d’une nuit
  • Halloween et sa mythologie #3

    Contes et légendes relatifs à la Samhain

    Mais que se passait-il lors de telles nuits ? Les récits Irlandais ne manquent pas de matière, et je vais me permettre de vous faire part de ma petite sélection, afin que vous puissiez voir à quoi faisait véritablement référence la fête de Mr. Jack… Je tiens à préciser que toutes les légendes décrites ici datent de l‘ère païenne de L’Irlande, avant l’arrivée du christianisme. Le christianisme apporta sa propre diabolisation du festival et ses propres légendes.. qui ne seront pas l’objet de mon étude aujourd’hui.

    • A la Samhain, les Fomores taxaient les Nemediens,  — un peuple vivant en Irlande avant l’arrivée des Tuatha Dé Danaan — des deux tiers de leur mais, de leur lait et leurs enfants, pour l’emmener sur leur île au large du pays. C’est de là que viendrait l’origine de la menace “Trick or treat
    • C’est lors de la Samhain que le dieu tribal des Irlandais, le Daghda, patron du druidisme et “bon dieu” (dans le sens “dieu efficace”), s’accoupla avec Morrigan, la déesse de la guerre et de la fertilité. L’accouplement avait lieu au-dessus d’une rivière, un pied sur chaque berge (sacrément acrobatique) et permettait, entre autre de renouveler le pacte permettant aux Tuatha Dé Danaan de bouter les Fomores hors d’Irlande
    • La femme-cygne Caer prenait sa forme d’oiseau lors de la Samhain. C’est à ce moment-là qu’elle fut séduite par le dieu de l’amour, Oenghus, qui se transforma en cygne pour la retrouver. De leur chant magique ils endormirent les hommes se trouvant sur leur chemin, et s’envolèrent vers le palais du Dieu
    • Ce dernier parvint à tromper le Daghda, son père, lors de la Samhain. Lors du partage de l’Irlande et des tertres où iraient se terrer les dieux, le Daghda voulut garder le palais de son fils pour lui. Oenghus parvint habilement à jouer sur les mots, et il lui demanda le plaisir de rester dans son palais une dernier nuit et un dernier jour… Lorsque le père vint pour récupérer son dû, son fil lui expliqua que ce fameux jour était celui de la Samhain, qui se situe hors du temps. En lui permettant d’y habiter à cette période, il venait de lui permettre d’y rester pour l’éternité
    • Cuchullain fut frappé d’une maladie qui ne guérirait qu’à la Samhain suivante, en se rendant dans un Sidhe — les tertres où habitaient les Tuatha
    • Fionn mac Cumhaill était le fils unique d’un grand guerrier fondateur de l’ordre des Fianna, le plus puissant ordre de combattants de son époque. Caché lors de la mort de son père, il avait été élevé en secret avant de revenir parmi les siens réclamer son dû. Il revint à Tara, ville où se trouvait le Haut Roi d’Irlande, justement pile-poil pour le jour de la Samhain : quelle coïncidence !
      Dans la ville, point de liesse ou de festivités. Tout le monde, roi et fianna compris, se cachait derrière les murs de la cité, car tout les ans à cette date — et ce depuis 23 ans — le sidhe Aillen venait brûler la ville de son souffle enflammé. Lors de son arrivée, il endormait tout le monde de son chant mélodieux, puis en profitait tranquillement pour brûler les portes de la ville — simple mais efficace.
      Bien sur, l’histoire voudra que Fionn parvienne à rester éveillé en se touchant le front de sa lance magique et tuera l’affreuse fée avant de récupérer sa place en temps que chef des Fianna
    • Entre autres actes plus ou moins malveillants, il est également dit que les Sidhe enlèvent parfois des enfants lors de ces nuits, la progéniture restant à jamais disparue..

    Et ceci ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres… Les évènements étranges se déroulant à cette période très précise de l’année sont légions.

    Le folklore, le Pooka et Jack O’ lantern

    Petit à petit, grâce au temps et aux efforts de la chrétienté, la mythologie Irlandaise a tourné au folklore. Les majestueux Tuatha Dé Danaan et autres divinités toutes puissantes ont été réduites au rang de lutins et autres créatures malignes… Mais ce sera l’objet d’un autre article. Pour le moment je vais simplement vous présenter brièvement deux personnalités fortement liées à Samhain/Halloween.

    Halloween et sa mythologie #4

    Puck, ou Puc, Pooka, Phooka, ou autre variante, est un esprit malicieux. Il prends souvent l’apparence d’un cheval à la robe noire et aux yeux enflammés, doué de parole. Il rode à la tombée de la nuit, terrorisant les braves gens, les forçant à monter sur son dos avant de les mettre à bas violemment… Le visage des citrouilles d’Halloween pourrait être celui du Pooka. Parfois il est représenté comme un bouc qui prends plaisir à déféquer sur les fruits et légumes des paysans, et il ne faut donc pas se nourrir d’aliments cueillis  aux environs de la Samhain. C’est un esprit des moissons.

    Halloween et sa mythologie #5

    Jack O’ Lantern n’est pas un personnage remontant aux temps mythologiques, mais je ne pouvais pas aborder halloween sans vous résumer ce que j’avais appris à son sujet.
    Dans les légendes écossaises, on taillait des navets à forme de visages humains, car certains esprits d’Halloween avaient été des hommes auparavant. Jack était un homme qui gagnait toujours lorsqu’il jouait aux cartes contre le Diable. Après une énième victoire, il lui fit promettre de ne pas l’emporter en enfer.. Mais le jour de sa mort, comme ce n’était pas non plus un homme assez bon, il n’alla pas au paradis, et fut condamné à errer sur la terre pour l’éternité.
    Dans une autre version, il berna le diable lors d’un pari. Lorsqu’il mourut il se vit refuser le Paradis, mais au moment de se présenter en Enfer le Diable pris sa revanche et lui refusa également l’entrée. Il obtint cependant de ce dernier une braise qu’il mis dans un navet pour le guider dans la nuit.. D’où les citrouilles d’Halloween.

    De la Samhain à Halloween

    Le christianisme, dans la tradition de prosélytisme qui la caractérise, ne voyait pas d’un bon œil la fête traditionnelle païenne que leurs brebis continuaient de célébrer. La Toussaint, auparavant le 13 Mai, fut alors associée à Samhain pour “contrecarrer” le paganisme. L’origine du mot “Halloween” viendrait donc de “All Hallow’s Eve”, “la veille de la nuit de tous les saints”, afin de célébrer Samhain dans un vernis chrétien.
    Auparavant les fêtes païennes avaient un sens, une signification liée à la nature de l’homme. Chaque fête (Samhain, Imbolc, Cetsamhain-Beltain, Lugnasad) représentaient une étape de l’initiation de l’homme, le cycle des saisons représentant la vie humaine. Avec le christianisme médiéval, la mort, auparavant transit, devint une fin. Ne pouvant juguler cette croyance dans les esprits, ils en firent les esprits maléfiques des morts n’ayant pas trouvé le repos, fantômes, squelettes, goules et autres sorcières que nous sommes maintenant accoutumés à côtoyer lors de cette période de l’année.
    De nos jours certains diront que Halloween a perdu beaucoup de son brillant, et que ce n’est plus qu’une fête commerciale, mêlant, comme dans le cinéma gore à succès, horreur, humour et sexe.
    Halloween et sa mythologie #6

    S’il est vrai qu’elle a totalement perdu à l’heure actuelle de son symbolisme, je ne peux cependant que vous conseiller de vous remémorer trolls, fées, et autres divinités autour d’une bonne fête bien animée !

    Samhainement vôtre,
    E.R.84.

    – Liens utiles

    • Halloween sur Wikipédia, si vous voulez en savoir encore plus… ( VF et VO)
    • Halloween et sa mythologie #7
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