Winter's Bone, de Debra Granik

Chroniques rurales d’un drame américain ordinaire.

Loin de l’Amérique urbaine et scintillante, loin de l’Amérique du rêve américain, Debra Granik nous emmène au fin fond de la campagne du Missouri, dans les tréfonds d’une Amérique rurale où ne peuvent s’aventurer que par accident les caméras de cinéma. Un Missouri d’aujourd’hui, mais où le temps s’est arrêté. Un Missouri d’un autre âge où chaque jour est un combat pour réussir à joindre les deux bouts.

Winter's Bone, de Debra Granik

Reed Dolly, 17 ans, assure seule la subsistance de son petit frère, de sa sœur cadette et de sa mère, atteinte de dégénérescence mentale. Dans la forêt des plateaux de l’Ozark, elle s’efforce de faire subsister sa famille et de maintenir un semblant de chaleur et de foyer. Tout bascule le jour où elle apprend que son père, trafiquant de drogue notoire, a hypothéqué la maison et pris la fuite, une semaine avant sa comparution au tribunal. Afin de sauver son foyer, elle aura une semaine pour le retrouver et l’obliger à comparaître, ou prouver sa mort.

Trailer

Servi par un jeu d’acteurs époustouflant – avec notamment la jeune Jennifer Lawrence dans le rôle principal – on sent l’héroïne puiser  jusqu’au fond se ses tripes l’audace et l’énergie qui l’aideront à briser le silence de sa communauté et à démêler le mystère et les non-dits gravitant autour de la destinée de son père. Debra Granik filme avec sensibilité et humanité l’acharnement de la jeune fille qui, se heurtant à l’indifférence et à l’hostilité de sa communauté, est prête à se mettre en danger, à encaisser tous les coups et à prendre les risques les plus insensés afin de sauver ce qui lui reste. Toutefois, c’est également avec intelligence et compassion qu’elle mettra en scène les lâches, les couards et les minables qui, élevés dans la règle du “chacun pour soi”, sauront faire preuve d’humilité envers l’adolescente et réveiller au sein de cette communauté un esprit de solidarité, pourtant cru mort et enterré.

Winter's Bone, de Debra Granik #2

Présentation du film par la réalisatrice, la co-scénariste et la productrice avant la projection

Porté par un scénario qui vous prend aux tripes, Debra Granik revisite avec Winter’s Bone l’oeuvre de Hobbes à la sauce country. Loin d’une Amérique progressiste et moderne ; loin des vestiges d’un idéalisme typiquement gringo à la mode JFK ou Obama, la jeune réalisatrice s’affirme comme la digne héritiére outre-atlantique d’un Dardenne ou d’un Audiard. “Je suis fascinée par les aventures de l’existence humaine, quand la vie n’est pas facile, quand on doit utiliser toute son énergie, toutes ses ressources pour y arriver, pour s’en sortir, et pour tracer son chemin“, livre-t-elle lors d’une interview.

Présentation du fim par Debra Granik pour le Festival de Sundance

Il n’est donc pas étonnant que ce long-métrage, inspiré du roman homonyme de Daniel Woodrell, ait déjà raflé quelques-unes des plus belles récompenses au très prisé Festival de Sundance (Grand Prix du Jury et Prix du Meilleur Scénario). On ne serait d’ailleurs pas surpris que Debra Granik étoffe sa collection de statuettes à l’occasion du Festival de Deauville !

Un drame “puissant et haletant” selon le Wall Street Journal, “impressionant” selon le New York Magazine, “extraordinaire” selon le Denver Post, “une réussite absolue” selon le New York Times, la presse écrite américaine se perd en critiques adulatoires quand on la met au défi d’évoquer cette oeuvre grandiose qui vous prend au bide.

A ne rater sous aucun prétexte.

Véra,

Live from Missouri.

  • Winter's Bone, de Debra Granik #3