Twelve, de Joel Schumacher

Descente en immersion dans la jeunesse dorée et (droguée) de l’Upper East Side.

Twelve, de Joel Schumacher

“Mais qui donc est cet illustre inconnu ?” Voici une petite question que l’on est souvent amené à se poser lorsque, jeunes néophytes, il nous est donné l’occasion de faire nos premiers pas sur les tapis rouges de Festivals de cinéma réputé “indépendant”, tels que celui de Deauville. Et on a beau éplucher la filmographie parfois prolifique de ces réalisateurs qu’on a déjà honte de ne pas connaître : rien au tableau ne nous semble familier.

Twelve, de Joel Schumacher #2

St Elmo’s Fire ? The Lost boys ? A Time to Kill ? Ca vous dit quelque chose, à vous ? A moi, rien du tout ! …Jusqu’au moment où mon accolyte (plus connu sous le nom de E.R.84, et grand connaisseur de films de super-héros) me fit remarquer qu’il était l’auteur “des deux plus mauvais Batman” : Batman Forever (1995) et “Batman & Robin” (1997).

Pas particulièrement fan moi-même de ces gros films d’action à budgets démentiels, ça commençait bien. Mais souhaitant laisser à cet illustre inconnu le bénéfice du doute, je me suis laissée tenter et c’est avec enthousiasme et optimisme que je suis allée rejoindre la salle de projection pour cette avant-première très select. Par “select”, j’entends… Vous visualisez les gamines de 13 ans amassées devant le Ritz pendant 8 heures afin d’apercevoir Robert Pattinson, le héros de Twilight, et au moment clé se mettre à sautiller sous l’effet de leur montée d’oestrogènes tout en faisant rouler leurs orbites à 24 tours/seconde en poussant des cris suraigus culminant à 280 décibels ? Ce genre de “select”.

Twelve, de Joel Schumacher #3

Avant même l’entrée de l’équipe de tournage dans la salle de projection, ce genre de petits cris particulièrement stridents et désagréables à l’oreille commençaient à se faire entendre dans la salle. Mais…enthousiasme, optimisme, bénéfice du doute, tout ça. Et puis c’est vrai que le synopsis me tentait bien.

Twelve nous emmène dans l’Upper East Side de Manhattan, jungle urbaine et sans pitié où se côtoie la jeunesse dorée new-yorkaise. Orgies de fric, de sexe et de came sont donc le quotidien des jeunes ados pourris gâtés que Joel Schumacher choisit de mettre en scène dans son dernier film. Parmi cette faune uniforme se distingue Mike White. Mike White n’a jamais bu une goutte d’alcool, n’a jamais fumé une cigarette ni même tiré une latte sur un joint. Dans le brouhaha des soirées jet-set de ces lycéens avides de défonce et de sensations fortes, il est secret et taciturne, et les traverse tel un fantôme. Pour livrer sa came. Car Mike White a arrêté ses études à la mort de sa mère pour se lancer dans le deal de hasch. Rien ne le touche, rien ne retient son attention: rien ni personne. Il arrive, lâche sa came, et repart. Jusqu’au jour où une nouvelle drogue fait son arrivée en ville, la Twelve.

Bien qu’on s’attend à ce que le film gravite autour du thème de cette fameuse drogue, présentée comme particulièrement addictive, elle n’a qu’une influence mineure dans l’évolution de la narration et des personnages principaux. Or, en l’absence d’un “point de gravitation”, le film a tendance à partir dans tous les sens et à superposer les évocations de délabrement moral, physique et psychique de ces jeunes ados paumés, coupés de la réalité et délaissés par les milliardaires en névrose qui leur servent de parents. Manipulation, frime, frivolité et vanité d’un côté ; crise identitaire, violence et besoin de reconnaissance de l’autre, le film a malheureusement tendance à aligner les schémas simplistes, et tourne vite à vide avec des personnages caricaturaux. La psycho bitch super populaire et manipulatrice à souhait, le bon garçon gentil et studieux qui n’arrive pas à se serrer de nanas et enfin le personnage principal du film, Mike, le gentil hors-la-loi bouleversé par la mort de sa mère, à la fois grave et mystérieux. Desservi par une interprétation très décevante laissant transparaître le nombrilisme de l’acteur principal, le personnage du héros reste une belle gueule à laquelle Chace Crawford n’a réussi à donner ni charisme, ni crédibilité.

Twelve, de Joel Schumacher #4

D’un point de vue de la narration, le film fait alterner les séquences s’attardant sur des personnages secondaires souvent clichés, et des plans en voix-off centrés sur le personnage de Mike, dont l’esthétique flirtant avec le comic’s aurait pu donner du cachet au film si les dialogues évoquant ses pensées et ses tourments intérieurs n’avaient pas été aussi pompeux en se réclamant pseudo-philosophiques.

On regrettera que cette production, qui aurait pu tenir la route, ait pris le parti de tout miser sur son casting en présentant une tête d’affiche et en se contentant de surfer sur la vague du succès de la série Gossip Girl, dont Chace Crawford est le personnage-phare. Car Twelve reste un film plat et sans saveur qui peut divertir, mais qui vous laissera certainement sur votre faim.

Véra,
En live de l’Upper East Side.

Le FlickR de Deauville !