Conférence de presse avec Terry Gilliam

Conférence de presse avec Terry Gilliam

Ce qu’il y a de bien au Festival de Deauville, c’est qu’on ne se contente pas de voir des stars, on leur parle aussi! C’est donc lors d’une belle journée ensoleillée que nous avons pu nous abreuver des propos et mots d’esprit du brillantissime Terry Gilliam, réalisateur et scénariste que l’on ne présente plus (vous n’avez qu’à connaître vos classiques, non mais!). Voilà donc une synthèse des questions-réponses échangées lors d’une conférence de presse deauvilloise du plus bel effet. Attention.. Action!

Qu’est-ce qui vous plait le plus dans votre métier de réalisateur?

Tous les aspects d’un tournage m’intéressent: réalisation, éclairage, scénario, décor… J’aime aborder différents domaines. En tant que réalisateur, l’astuce est de travailler avec des gens plus doués que moi dans chacune de ces activitités !

Vous avez renié votre nationalité américaine: pourquoi?

J’ai pris cette décision sous Georges W. Bush. J’en avais assez de donner de l’argent pour des bombes et des balles. Je suis heureux de la nouvelle tournure que prend le pays avec Obama.

Et où se trouvent vos racines, pour vous?

Mon adolescence a forcément été marquée par les états-unis, mais je vis en Angleterre depuis des années. Mon souvenir de l’époque est celui d’une jeunesse pleine d’espoir, ce qui me rend un peu nostalgique et amer. Ce qui est bien en Europe c’est qu’on ne se croie pas le centre du monde, le vieux continent nous rappelle que nous sommes un simple maillon dans la chaîne de l’histoire.

Que pouvez- vous nous dire sur la masterclass que vous tiendrez à Deauville?

Je ne suis pas un prof. Tout ce que je peux dire, c’est de ne pas vous lancer dans le monde du cinéma. A moins d’être obsédé par cette vocation. C’est un métier très dur et très complexe, qui apporte son lot de souffrances et de peines. Faites plutôt quelque chose d’utile, comme charpentier ou plombier!

Bon, au vu de vos films… Vous prenez quoi comme drogues?

Ah! Eh bien j’ai traversé les années soixante et comme tout le monde à l’époque j’ai pu goûter à tout, mais maintenant je reste sur l’alcool: whisky et bon vin français!

Conférence de presse avec Terry Gilliam #2

Quels souvenirs  gardez-vous de votre expérience au sein des Monty Pythons?

Nous étions six mecs totalement tarés, on faisait ce qu’on voulait, ce qui nous passait par la tête! Ca nous a permit d’avoir beaucoup d’assurance, une grande confiance en nous-même. Quant aux erreurs que nous avons faites, elles ont contribué à leur manière à notre succès.

On a encore eu droit à une version remasterisée de Sacré Graal des Monty Pythons l’année dernière. Vous comptez arrêter quand?

Ce qui est bien avec les Monty Pythons, c’est qu’on fait de la “green comedy“. On devrait avoir la médaille du développement durable: plutôt que de couper la forêt de la comédie, on recycle toujours nos vieux gags. John Cleese est d ‘ailleurs en tournée en Norvège pour payer la pension de son ex-femme. C’est un gros flemmard, et pour se forcer à travailler il se marie a des blondes américaines, divorce, et doit chercher de l’argent pour payer leurs pensions.

Quel effet ça vous fait de revoir Brazil [l’ouverture du festival s’est fait avec une version director’s cut du film ] 25 ans après ?

J’avais l’impression que c’était fait par quelqu’un d’autre; j’y ai vu des idées de génie comme des catastrophes. C’était un peu comme le film d’un homonyme, que j’envie car il semble avoir plus de pêche et d’énergie que moi aujourd”hui!

A posteriori, que pensez-vous du travail des comédiens sur Brazil?

J’ai adoré revoir les acteurs, le casting est un élèment vital pour la réalisation d’un film: s’il est bon, alors ça me fait beaucoup moins de boulot, plus grand-chose à faire! J’estime qu’un réalisateur ne doit pas diriger ses acteurs, mais plutôt leur donner un espace dans lequel évoluer.

Conférence de presse avec Terry Gilliam #3

Quelle est la scène qui vous a le plus marqué dans Fisher King?

Je dirais celle à Grand Central station. Elle n’était pas sur le script. En voyant tous les gens courir pour leur métro, je me suis dit “et si un d’entre eux avait le coup de foudre pour une minette au milieu de la foule et que tout le monde se mettait à danser?”. J’en ai parlé aux producteurs, qui ont adoré! Mais c’était trop du Terry Gilliam, et j’ai refusé de le faire, pour garder la simplicité de la scène. Bien sûr ils ont insisté, et je l’ai fait: on s’est retrouvés avec 1000 danseurs dans le métro dans un unique créneau de tournage de 23h à 5h. Pas de bol: dans leur école, aucun n’avait appris la valse! On a du les former et finalement on a fait la prise entre 3h et 5h. Ce qui est chouette c’est que maintenant tous les 31 décembre, les gens valsent au son d’un orchestre à Grand Central. Comme quoi l’imagination parvient à changer le monde réel.

Que pensez-vous de la malédiction qui pèse sur votre Don Quichotte?

Je n’y crois pas. C’est même plutôt une bénédiction, car ça me donne toujours du grain à moudre pour le futur. Il faut toujours avoir un projet en cours pour aller de l’avant. Par contre ce qui stresse c’est que plus le film se fait attendre et plus les fans l’espèrent, se créant eux-mêmes leur propre film dans leur tête. Plus le temps passe et plus j’ai peur de les décevoir!

Vous avez visiblement prévu de reprendre Don Quichotte: un petit teasing pour nous?

Le projet est à nouveau stoppé car notre plan financier s’est effondré. Pour le moment on attends plus de fonds… Ce que je peux vous dire, c’est que Robert Duval jouera Don Quichotte et Erwan Mc Gregor sera au casting.

Voilà des biens beaux propos, merci Terry!

Gilliamesquement vôtre,

Jim.

Pour le Flickr Deauville, c’est par ici!!

terry gilliam

  • Conférence de presse avec Terry Gilliam #4
Les derniers articles par Jim (tout voir)