American Grindhouse et les films d'exploitation

American Grindhouse et les films d'exploitation

Le 36e festival de Deauville ne se limite pas au cinéma, qu’on se le dise! Les séries TV américaines sont également à l’honneur, ainsi que différents documentaires sur cette gigantesque nation. La catégorie des Docs de l’oncle Sam regroupait des reportages sur l’art, la guerre, et — bien sur — les genres cinématographiques. American Grindhouse faisait partie de ceux-là, et je dois dire qu’avec le film Kaboom, ce furent mes deux vrais coups de cœur du Week-end (la conf’ de Gilliam n’étant pas un film, ça ne compte pas!). Les films d’exploitation et les salles dans lesquels ils étaient projetés sont le sujet de ce long-métrage. Cannibal Holocauste, Super Fly, Piranha, Supervixens, bienvenue dans le monde des horreurs et de l’argent facile!

American Grindhouse et les films d'exploitation #2

Pour ceux qui dorment au fond de la salle, je rappelle rapidement le principe du film d’exploitation: se faire le maximum de thunes le plus facilement possible. Pour cela, tous les moyens sont bons: violence, sexe, thèmes racoleurs, nazis. Généralement plus le battage médiatique est important, plus le film est cheap… Remontant jusqu’aux années 1920, ces cheapass films se sont petit à petit institués en un véritable genre qui a explosé à partir des années 60, et a fait des émules dans le monde entier. On ne compte plus les amateurs de ces intrigues extravagantes et effets spéciaux kitchissimes, et Amha fait partie de ces fans de nanards devant l’éternel !

Le reportage American Grindhouse est parfait pour les amateurs de ce genre, et vous apprendra tout ce qu’il y a à savoir dans le domaine. Le documentaire reprend le schéma classique d’une étude chronologique des périodes, mais qui fonctionne ici à merveille: les différentes “étapes” de l’évolution du film d’exploitation sont très identifiables. La formule est simple : à chaque fois un ou deux gros films racoleurs ameutent les foules, puis ce sont des dizaines de titres qui sortent dans les années d’après, copies allant souvent de plus en plus dans la surenchère. On distingue de nombreuses catégories de films, dont voilà trois des genres m’ayant le plus marqué:

The Cautionary movies: ancêtres du film d’exploitation, ce sont certainement les plus étrangers à notre société actuelle. La censure américaine étant extrêmement forte à l’époque, les studios sortaient des films à valeurs “éducatives”, sensées apprendre aux adultes les mystères de la vie. Nombreux étaient les mateurs qui se ruaient dans les salles pour regarder des films sur l’accouchement, seule occasion pour eux “to see some pussy“, même si c’est peu glamour. Le couvert de la parentalité était ainsi le prétexte à d’innombrables projections attirant les pervers! Mais les entrées ne se faisaient pas que sur les dos des obsédés, un grand nombre de femmes y allait également pour se faire une éducation sexuelle comme maternelle, n’ayant pas accès à ce genre d’informations dans leur société puritaine au possible. Dans cette veine on pourra trouver plus tard les films de nudistes, mi-“éducatifs” et mi-voyeurs.

American Grindhouse et les films d'exploitation #3

La Nazisploitation: un de mes genres préférés, surtout lorsqu’il est mélangé à la zombiesploitation! Le thème est simple: il n’y a rien de plus maléfique, ni de plus grande menace, qu’un nazi. Alors voilà des super vilains parfaits! Un peu comme les gendarmes de St Tropez, on peut les remettre à toutes les sauces et la recette fonctionnera toujours: aliens, robots, savants fous, etc. J’accorde la mention spéciale du reportage aux quelques secondes diffusées de Jesus contre les Nazis, où nos chers SS coursent le christ dans les rues d’un quelconque bidonville pour le chopper et lui éclater la tête sur le capot d’une bagnole. Petite larme également pour le fameux Ilsa, She Wolf of the SS, ou vous trouverez du cuir, ni nichon, du loup-garou et de la croix gammée! Inutile de préciser que ça à fait un carton.

The Rough Movies: c’était la partie la plus “glauque” du reportage, celle où l’on pouvait se rendre compte des déviances engendrées par les films d’exploitation. les Rough Movies sont des films où des femmes peu vêtues sont maltraitées et battues par différentes figures masculines. Le sexe étant censuré à cette époque, les réalisateurs remplaçaient “cul” par “coups”. Aucun scénario dans ces films, simplement un côté voyeur et malsain qui fait froid dans le dos. Se dire que ces films furent populaire… Heureusement qu’ils n’eurent qu’un temps.

Je pourrais vous faire une liste continuant encore et encore, mais je vous invite plutôt à essayer de voir le documentaire quand il sortira! Parmi les nombreux types d’exploitations délirant, citons également en désordre les films de monstres, de ninjas, de femmes en prison (!), la blaxploitation, les films d’arts martiaux,de vigilantes… Une bonne partie du filon “sexe” des films d’exploitation aura été phagocytée au fil des années par l’industrie du porno, laissant les obsessions sexuelles se déverser dans d’autres sphères, limitant généralement nos chers B-movies à quelques paires de seins et de fesses par-ci par-là, et c’est une bonne chose!

American Grindhouse et les films d'exploitation #4

Phénomène intéressant, les films d’exploitation ont disparu des écrans au fur et à mesure que la technologie progressait et que le budget des films prenait de plus en plus d’ampleur, “limitant la casse” et les nanards ultimes. On remarque cependant une réapparition de ce style de films lors de remakes comme Piranha 3D ou The Last house on the left, et des films reprenant clairement les codes du genre comme Deathproof, Planet terror ou le Machete — à venir sous peu sur vos écrans. Petite info au passage: le Grindhouse, nom du projet de Tarantino et Rodriguez qui regroupe les excellents films cités, tire son nom de ces petites salles de quartier qui diffusaient tout ces films d’exploitations.

Voilà donc un petit aperçu de ce documentaire chic et choc alternant à merveille entre images d’archives, interviews et extraits de films qui piquent les yeux, tout ça autour d’un sujet qui me passionne autant qu’il me fait marrer. Comme vous l’aurez compris, mon intérêt pour la chose vient de cette alliance d’éléments: la surenchère dans l’extrême (“attention, un boa constricteur géant cyborg extra-terrestre!”), la réalisation souvent aussi risible que le budget, et également toute l’esthétique vintage des affiches de l’époque et la pub racoleuse qui était faite autour. Le kitsch y’a que ça de vrai !!

Sur ce, je retourne à mon cruel choix: Samurai Commando ou La créature du lagon noir?

Exploitationnement vôtre,

Jim.

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