Coraline, un film pour les gosses “qui en ont”

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Ce Jeudi 14 mars 2009, nous avons été gracieusement invités, A.W. et moi-même, par l’agence de presse Way to blue à l’avant-première en 3D du film Coraline, un film d’animation prévu pour le 10 juin 2009 dans les salles françaises.

Pour ce qui est de l’histoire, je n’aime pas spoiler, donc on va se contenter de dire que c’est l’histoire d’une petite fille qui emménage dans une nouvelle maison mais qui n’est pas heureuse, car ses parents n’ont pas le temps de s’occuper d’elle… Elle va alors découvrir un passage vers un Autre monde, avec une Autre famille, qui elle sera aimante et attentionnée. Un peu trop attentionnée, en vérité….

Pour commencer à parler de ce film sans tomber dans les classiques copier-coller wikipédia et autres documents de presse (je vous mets des liens pour çela), on va limiter les informations “techniques” à l’essentiel :

  • Coraline est inspiré du roman du même nom écrit par Neil Gaiman, à mon humble avis un des créateurs les plus doués à l’heure actuelle , ses domaines de prédilection étant les comics (Sandman…) et les romans (American Gods, Good Omens avec Terry Pratchett...). L’auteur lui-même a supervisé le travail de réalisateur et lui a laissé toute marge créative pour une adaptation optimale. Il y a donc des modifications par rapport au roman, mais c’est en réalité pour mieux retranscrire l’esprit de l’oeuvre.
  • Le réalisateur est Henry Selick, déjà en charge de l’Etrange Noël de Monsieur Jack. Eh oui, en entendant ce titre on pense bien souvent “Tim Burton”, mais derrière les petites figurines de Jack Skellington, c’était bien Henry !
  • Tout comme ce cher Jack, Coraline est par ailleurs réalisé également en Stop-motion : avec des petites figurines et décor fait-main, que l’on anime mouvement après mouvement, image après image. Ceci dit, le dernier-né de monsieur Selick a bien profité de l’évolution technologique dans le milieu du cinéma : pour vous faire une idée, Jack pouvait adopter pus de 150 expressions faciales ; Coraline… plus de 200 000.
  • C’est le premier film stop-motion avec la technologie 3D, qui utilise des caméras spéciales filmant d’abord l’image perçue par l’œil gauche, puis celle perçue par l’oeil droit.. Par la suite, à nous de juxtaposer les deux !
  • Les voix ont été réalisées par de bonnes têtes d’affiche : la jeune Dakota Fanning (La Guerre des Mondes, Le Chat Chapeauté), Teri Hatcher, surtout connue pour le rôle de Susan dans Desperate Housewives et de Lois Lane dans la série du super-héros au slip le plus classe du monde, les mondialement connues Dawn French et Jennifer Saunders (bien que peu renommé en France, ce duo de comiques aura fait le tour du monde anglophone ), Keith David (Chroniques de Riddick, Pitch Black, et bientôt le prochain disney The Princess and the Frog…), etc.

Donc… Mes impressions sur le film.

“Superbe” est la première chose qui vient à l’esprit. Du début à la fin, le spectateur aura le souffle coupé par la beauté des décors, des personnages, et la qualité de l’animation. Les couleurs acidulées de l’Autre Monde et la palette plus terne du “vrai monde” de Coraline alternent agréablement, nous transportant d’un univers à l’autre en un simple coup de pinceau. Les mouvements, mimiques et attitudes des personnages sont fluides et font oublier que ce sont des figurines statiques, au profit d’un dynamisme bienvenu. Dans Coraline, on est toujours sur le qui-vive, à se demander ce qui attends notre survoltée héroïne, toujours en train de courir, sauter, voler..! Pas de faux pas dans ce domaine : j’ai cru remarquer à une ou deux reprises un ralentissement étrange de l’image l’espace de une ou deux secondes, mais cela devait être dû à la projection particulière à laquelle j’ai assisté. L’usage de la 3D est assez intéressant : je ne pense pas qu’il soit “essentiel” pour se rendre compte de la beauté de l’oeuvre, mais sur certaines scènes c’est assez époustouflant (passage dans le tunnel vers l’Autre monde, la brume autour du manoir…). Ce ne sont pas des effets semblant venir “chercher” le spectateur dans la salle (façon le chien qui bave de Disney dans Chérie j’ai rétréci le public, pour les connaisseurs) : la profondeur se fera plutôt dans l’autre sens, plongeant l’audience dans l’écran.

Pour accompagner cette immersion des sens, la bande originale en rajoute une couche. Habitué des Burton, les premières notes du thème m’avaient fait demander si l’excellent Mr. Elfman avait pris en charge le film… Mais il n’en est rien ! C’est le compositeur principal des Choristes qui nous abreuve de mélodies toutes plus variées les unes que les autres, changeant le style de musique au fil des ambiances du film… Toujours dans le merveilleux, on reste épaté du début à la fin, dans un constant renouvellement des styles musicaux.

Une fois que l’on est dedans, c’est le côté magique et malsain de l’histoire qui vous prendra à la gorge. Plus on avance dans le film, plus on craint pour l’héroïne… Et plus les paysages deviennent cauchemardesques, les personnages torturés. Je n’avais pas lu la nouvelle et je m’attendais à une histoire un peu enfantine, d’autant que Neil Gaiman l’a créée pour ses filles en bas âge… Quelle surprise ! Honnêtement si vous emmenez votre grosse, mieux vaut qu’il aie le cœur bien accroché, ou vous aurez sûrement à passer quelques nuits blanches à le rassurer pour qu’il ne fasse pas de cauchemars… Par moments, tout adulte que je suis, je me serais vraiment cru devant un film d’horreur. L’Autre Monde est trop parfait, et l’on y accepte trop facilement l’irréalité malsaine d’un lieu ou tout ses désirs seraient exaucés, anticipés. C’est une lente spirale vers le morbide, ou petit à petit les personnages vont se déliter, se décomposer, pour révéler leur vrai nature… La méchante de l’histoire mérite la palme du grand vilain le plus flippant de l’histoire du dessin animé et du film d’animation réunis, et vous donnera froid dans le dos. L’ambiance de ce film pourrait être résumée en un mot : dérangeante.  Et si l’on voulait ajouter quelques autres qualificatifs, je dirais magique (ce qui donne un contraste assez détonant), stressante, époustouflante… Moi qui aime les univers un peu glauques et bien atypiques (façon La Cité des Enfants Perdus), j’ai été servi !

Coraline est donc , à mon sens, un film qui s’adressera plus aux adultes qu’à nos chères têtes blondes, afin de prendre en compte toute la mesure de l’intensité dramatique mise en place par une ambiance déviante. C’est le seul bémol que je mettrais au film, il faut y aller légèrement en connaissance de cause, au cas où vous auriez peur du noir. Mais une fois dedans, vous serez alors emportés comme par magie dans le rythme du récit, et vous aussi vous prierez pour que la petite fille survive.. Et que le fil à coudre reste au placard.

Cinématographiquement vôtre,

E.R.84.

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kameyoko
kameyoko
18 mai 2009 9:37

En voilà un film qui me tente bien. Pour moi la réunion de deux élements en font un film que j’attends : Neil Gaiman et l’Etrange Noel de M. Jack.

Je m’attendais à un conte pour enfin assez glauque mais pas à ce point à priori. J’ai hâte d’y aller.

Mais pourquoi les agences m’invitent pas!? On me dit dans l’oreillette que c’est à cause de mon trafic. Ah ok 🙂

Je sens que je vais être pris dans ce style.

AW
Éditeur
AW
18 mai 2009 11:16

Personnelement ce qui ma marqué, c’est le coté “malsain” de l’histoire. Le film ne fait pas spécialement peur, mais l’histoire de ce monde parfait met très mal à l’aise. Mais amha je pense que ce film peut très bien être vu par des enfants, car ils n’ont pas la maturité d’esprit qui fait qu’un adulte va trouver cette histoire dérangeante. Comme souvent avec les grands auteurs il y a plusieurs niveau de lecture dans le scénario. Les plus petits y verront un conte avec une héroïne qui leur ressemble et les plus grands se laisseront entrainer dans ce tourbillon infernal… Lire la suite »

E.R.84
E.R.84
18 mai 2009 12:57

Judicieuse remarque, cher confrère ! Je n’avais pas en effet étudie cet aspect de la chose, qui tempére nettement mes propos a ce sujet.
Bien joué ! Je suis daccord avec toi, et espérons que nos lecteurs liront ton commentaire 🙂
Ceci dit, amha pour les enfants ça reste quand meme un film qui “fait peur”, bien plus en tout cas qu’un Noces Funebres ou un Mr. Jack. Y’a qu’a voir la méchante ^^