[Musique] FAUVE ≠ Premier EP : Fauvinisme

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Autant le dire tout de suite, vous ne m’aimerez pas beaucoup après m’avoir lu, mais je vais tout de suite vous calmer : je m’occupe de cette besogne très bien tout seul. La preuve : à la manière des moines fautifs, je me corrige seul et sans émettre une seule plainte, comme vous pourrez le voir ci-après.
Donc. Je me suis infligé le premier EP de la nouvelle coqueluche des étudiantes en fac de lettre qui se rendent compte que l’amour c’est tout tristounet et tout caca, je veux parler du dénommé FAUVE.

Imaginez un instant un Saez en panne d’inspiration voulant faire du Fuzati : vous avez là un aperçu, pas si éloigné, du concept de FAUVE. L’illusion de la profondeur textuelle au service d’une récitation nerveuse et d’une rage feintée. Mais pas seulement.

Déjà, j’aime pas trop quand un chanteur me tutoie, et FAUVE le fait à longueur de titres, parce qu’il a compris mieux que toutes les autres générations de chanteurs auparavant – honte à toi, dans ton article, qui a eu le cran, ou plutôt la bêtise, de faire un parallèle avec Diabologum, je sais que tu te reconnais, sombre engeance – ce que c’est que la douleur d’être jeune, beau, et bourgeois jusqu’à la moelle dans ce monde veule et gris. Il sait te parler, il te connait tellement bien. Et bien laisse-moi te dire, lecteur, qu’avec des “tu”, on ne fait bien que créer un semblant de proximité modeste mais on ne s’approche pas pour autant de ce qui fait que, par exemple, un Fuzati sait nous toucher là où il faut et ce, de façon totalement détachée et avec une violence que FAUVE n’effleurera qu’à grand mal. C’est un peu comme si Joey starr avait vécu toute sa vie dans les beaux quartiers et avait fondé seul le NTM – qui alors, aurait voulu dire “Nouvelle Tendance Merdeuse”.

Ou comment se créer une fan-base de jeunes connasses décervelées qui viennent tout juste de lire leur premier Despentes et se découvrent des douleurs insoupçonnées dans la matrice en quelques mois. En te déclamant quelques vers qui feintent la poésie, auxquels on ajoute quelques gros mots – oulala, infamie – pour mieux pénétrer ton âme de fausse blasée (avant de mieux te pénétrer tout court, si d’aventure petite maline, tu sauras trouver un passe pour les loges de tes idoles en carton préférées) FAUVE s’est d’abord créé une image, une identité qui lui semble propre. Bon, maintenant que je viens de me mettre à dos les fans, passons aux idoles.

Parce que je crache sur l’ambulance, que c’est bien lol, mais je n’ai pas encore parlé de musique, tiens. Parce qu’ici, il s’agit de musique avant tout, soyons clair. De musique, et aussi d’esthétisme. On ne peut que trouver dans la musique de Fauve un côté cinématographique, à la française. Du dialogue, assez peu d’action, de beaux sentiments, du nerf et bien évidemment du sexe. Les clips de Fauve ont cette image léchée, cet air de nostalgie bien propre, bien lisse, feuilles d’automne qui tombent sur la rivière inanimée au lever du jour. Mais il faut admettre que ce n’est pas déplaisant, quoi qu’oubliable, certes, ça reste bien amené, et cohérent avec l’univers du groupe. La chose semble se répéter sur scène, du peu de vidéos que j’en ai vu, FAUVE est à l’aise, et peut être même plus convainquant que sur disque. Accordons leur ces points.

Blizzard est le nom de l’EP. Musicalement, et en ce stricte sens du terme, ça n’a rien de folichon. Du minimalisme, pour donner plus d’impact aux textes, ce qui s’avère efficace, sans en faire trois tonnes. La musique de Fauve se rapproche du Slam, c’est indéniable, et, même si je pourrais reprocher à la plupart des textes d’êtres vides et de ressasser le même thème – amitié, amour, frustration, malaise adolescent – il reste dommage de ne pas voir apparaitre dans cet EP l’une des rares chansons qui m’apparait comme l’exemple de ce que pourrait donner FAUVE, soit Saint-Anne. Ce morceau est bon, vraiment bon sur le fond comme sur la forme. Il sent la sincérité, la vraie, pas celle masquée sous une diction plus ou moins fébrile, sous une tonne de manières qui, somme toute, ne sont que quelque peu ridicules.

Parfois, pendant une minute, Fauve se met à réellement chanter, et c’est là qu’entre les spasmes et les convulsions, l’écume aux lèvres et les yeux qui font des bulles, on se rend compte qu’il aurait pu faire tout ses morceaux en chantant et que jamais, absolument jamais, il n’aurait connu tout ce succès d’estime qu’il connait maintenant. Je vais avoir du mal à passer en revue chaque morceau, l’EP en contient six, mais des six, on ne trouve que peu de différences. Je vais donc parler du gros de la galette, de Blizzard, qui donne son nom à l’EP et qui, à ce titre, en est le meilleur représentant.

Blizzard est le morceau typique de FAUVE : du dialogue, qui s’adresse à Dieu seul sait qui, mais je crois bien que Dieu se bouche les oreilles depuis la mort de Bach alors ta gueule, s’il te plait. Du dialogue, poétique apparemment, de la nervosité , FAUVE te parle à toi, le jeune, il sonde quelques maux invisibles, il tend à rendre compte du malaise d’une situation, d’une scène, car Blizzard n’est qu’une scène, un extrait au milieu d’un film aux formes floues. Le concept aurait pu être très bon si poussé à son extrême, d’autres morceaux venaient faire le raccord pour raconter une histoire en bonne et due forme. Là, j’aurais peut être pu trouver d’autres choses à dire, mais c’est ainsi. Bien sûr, il n’est pas exclu d’imaginer cette scène en question, et c’est très certainement le but. Seulement, c’est d’une prétention absolue que de faire passer pour de l’art ce qui n’est qu’un tableau vide avec un tâche de rouge dessus, de le proposer comme si il s’agissait d’une œuvre de Matière et de sens, alors qu’au fond, t’as juste un tableau blanc, avec une tache rouge dessus.

Que je sois clair : ce n’est pas tant Fauve que ses fans que je ne supporte pas, ce n’est pas tant ce groupe naissant que cet engouement pour le vide, que cet empressement du net à faire des émules d’un simple coup de vent. Fauve aura sa carrière. Ses chroniques, ses interviews, il les a déjà, ses passages télévisés arriveront, ses trophées également, mais soyons objectifs, voulez-vous : un EP, un album, un succès, puis plus rien, ni à dire ni à feinter. La recette se répétera inlassablement, et donc, finira pas lasser. En attendant, cet été, le grand jeu sera de compter toutes les pétasses arborant avec arrogance des t-shirts avec ce logo Fauve déjà bien présent dans les avatars de ton réseau asocial préféré.

J’espère me tromper, et que peut être Fauve sera enfin le coup de pied dans la fourmilière déserte d’une chanson et d’une variété française à l’agonie. Que ce groupe prenne ses marques, et livre à l’avenir un album habillé de matière. Ou qu’il prenne un virage à 180° pour aller faire de la Pop-Rock romantico-dépressive. Moi, en tout cas, je préfère donner mon humble avis en attendant la suite.
Maintenant, va, je ne te hais point.

Article rédigé par Koax