[Musique] Mon Humble Avis sur Random Access Memories

Daft-Punk

Les Daft Punk,  c’est, dans la tête de tout le monde, l’incarnation du “son du futur”.  Samples à gogo, mélodies on ne peut plus entêtantes (One More Time, quand même, ou Around the world). Ironie lorsque leur nouvel album est leur premier album fait en studio. Alors, réussite ou échec ? Mieux que cela.

L’expression “album de la maturité” devenue tellement ridicule et galvaudée tant elle fut utilisée partout et pour tout, c’est pourtant bel et bien ce qu’est cet album.

bario daft punk

les daft punk d’antan

 

Les casques de nos robots nationaux avaient pour habitude d’être bariolés de toutes les couleurs et de toutes les lumières les plus flashy possible. Ils sont éteints aujourd’hui, comme s’ils portaient un deuil. Certainement le deuil de Michael Jackson, dont la typographie de l’album Thriller n’est pas sans rappeler celle de Random Access Memories. Véritable hommage au funk, aux années 80, ces Random Access Memories ne sont pas si random. On ressent de la tristesse derrière la désuétude minimaliste de certains moments, mais, c’est de la nostalgie viscérale, pas de la déception. Les Daft Punk font ici aussi bien que ceux qu’ils ont cité. L’on est triste devant Give life back to music, car c’est un aveu de perte de ressenti, dans la musique en général.

Une mélodie presque archaïque, mais évocatrice. De ce qu’on connaissait des Daft Punk, c’était la surenchère,  le “one more time”, le “buy it use break it nail it zip unzip it”  La technologie a fait place au vivant. Rien n’est plus vivant que cet enregistrement  Giorgio By Moroder. Il en est presque archéologique, c’est un témoignage vivant. Ce son-là, celui-ci c’est le son d’un futur rêvé, celui avec des lasers, celui qu’on fantasmait devant les films comme terminator, comme un futur bien loin de ce que nous vivons en 2013. Le futur que l’on croyait être peuplé de voitures volantes. Dans le ressenti de ce son-là, celui-ci, on voyage loin. Loin de ce quotidien qu’on a fini par accepter.

Ce son, c’est le son d’un futur dépassé. Mais qui reste dans nos coeurs.

Encore de la tristesse, entend-t-on, derrière ce futur alternatif.

La succession de Give life back to music-Game of Love et Giorgio By Moroder laisse un goût d’amertume, comme je le dis,  mais elle n’est rien à côté de l’impuissance qu’affiche Within. A croire qu’à la fin de Giorgio By Moroder, on voyage effectivement dans le futur, mais que ce n’était qu’un futur inatteignable, une complainte robotique dont le son n’est pas sans rappeler certains morceaux des Doors. Un hommage dans tous les sens.  Avec des touches d’orgue dignes de Ray Manzarek dans le feeling que donnait Riders on the Storm, ce feeling de jour de pluie alors qu’on est bien au chaud et que l’on ne peut s’empêcher de se lamenter qu’il est certainement un être supérieur à qui appartiennent ces larmes.

Mais l’on renaît avec Instant crush. La preuve: la voix que l’on entend perd de son côté robotique, metallique, “Almost Human” aurais-je envie de dire. Le robot s’humanise. Une chanson d’amour, ce qu’on aurait jamais cru capable venant de machines. Ce qu’on entend là, est un peu parent avec le Nightcall de Kavinsky, finalement.

Avec Lose Yourself to dance, on aperçoit une lettre d’amour à Michael Jackson, mais peut-être surtout aux Jacksons, la voix haut perchée de Pharell -qu’il prend rarement- est totalement une référence au Don’t stop till you get enough. Le mieux pour s’en convaincre, est de fermer les yeux et d’imaginer MJ danser dessus. L’hommage n’est pas gros doigts qu’on en dirait “ah ça ressemble à tel morceau”, l’hommage peut aussi être d’une autre facture que le matériau d’origine et donner la même sensation. Comme là. “Lose Yourself to dance”, le robot devient encore plus humain s’il trouve un intérêt dans la danse, pure.

Touch. De cette voix chevrotante, on ressent comme une renaissance, et en même temps un testament. Les Daft Punk n’avaient jamais fait chanter quelqu’un de… vieux. Ca l’aurait moins fait Kavinsky avec “Oldfoxx” pour Nightcall hein ? Ce qu’on entend là est comme un coeur qui se remet à battre après avoir longtemps été arrêté. J’y vois comme une un témoignage, un voyage, en même temps, vous savez, comme cette fameuse musique que l’on a envoyé dans l’espace qui serait le premier son qu’auraient entendu d’hypothétiques extra-terrestres qui seraient tombé dessus. Un son que l’on n’attribue aux Daft Punk qu’après l’avoir entendu. Parceque “Ouais, y’a qu’eux pour faire ça comme ça”.

You’ve almost convinced me I’m Real” Le robot a cru qu’il était humain, un vrai.

Ce qui se dégage ensuite de Get Lucky est totalement différent une fois placé ici dans l’album, et pas dans une playlist lambda. “like the legend of the phoenix Our ends were beginning” c’est effectivement une renaissance. Comme un éclair de génie, un réveil dans un état totalement lucide. Get Lucky est l’un des morceaux les plus vivants de l’album. Les mauvaises langues auront compris “moins chiant”, j’insinue “vivant” dans la lumière qu’il insuffle à tout cet aveu d’impuissance ressenti au début.  Et certains ont certainement cru que tout l’album serait ainsi. Y aurait-il eu meilleur ambassadeur possible pour cet album ? Je ne pense pas.

 

Beyond commence comme un Disney. Comme ces Disney où tu pars à l’aventure sur un bateau ou je ne sais quel véhicule. Ce morceau est déterminé. La basse est tout ici. Tout.  Après l’impuissance devant les événements, ce morceau est une révolte. Beyond, s’appelle-‘il. Au -delà. Un véritable “soulèvement des machines”.

There’s no such thing as competition” Le robot s’indigne. Dans un Rocky, ce morceau serait celui qui précède un combat. Pas l’entraînement, mais le moment où, Oui ton combat est juste et Oui, tu vas lui en faire baver. Mais avant, il faut que tu te tapes Adrienne. Ca, ça serait si on était dans un Rocky. La détermination est là. Feutrée.

Le rythme de Motherboard c’est une préparation. Les choses sérieuses vont se passer. “Motherboard” c’est la carte mère. tout se joue ici. Rien de brutal. Encore une fois on sent que les choses se préparent, s’intègrent. Ce morceau-là a un côté “Il était une fois les inventeurs” (paye ta référence), où l’on verrait un Edison créer son ampoule. Intellectuel. Réfléchi.

Cet album-là est pensé pour être intemporel et à la fois pour être un témoignage d’une époque. Fragments of time est ce que les Daft Punk nous ont déjà montré: un voyage, encore, mais on se sent être celui qui voyage, pour une fois ce qu’on entend n’est pas un voyage qui se passe sous nos yeux. Mais bel et bien Nous, qui voyageons. On est impliqués, là. Ce morceau aurait pu totalement faire partie de Discovery, comme un excerpt que n’auraient pas renié les Crescendolls.

Doin’ it right. Le morceau-type que les gens s’attendaient à entendre dans RAM. Une sorte de HipHop de robots. ces robots-là qui après avoir dansé se mettraient à groover, montrant qu’ils sont “Human After All”.

Contact est à la fois un départ et un retour. Un départ puisque c’est la dernière chanson de l’album. Un retour puisque ces Daft-là qui vous manquaient, sont bel et bien là, comme ci ce contact était celui d’une fusée qui, selon les gens, se pose, ou part, mais nullement inactive. Un son fort et brutal, à la manière d’un Robot Rock. Comme s’ils nous disaient “On était partis, mais on est de retour” et aussi l’inverse.

Et c’est ainsi que cet album s’achève.

Dans un univers où le rythme est effréné, ineluctable, là où il y a 10 ans les Daft Punk répétaient en boucle une séquence, comme pour ne pas perdre cet instant de vue, ce “one more time” qu’on a envie de retrouver “one more time” (lol), l’on surprend le temps qui s’est arrêté. Mieux, il est revenu à ses origines.

Ceux qui n’auront pas aimé vous le diront :  ils auront eu l’impression de perdre leur temps.

Les Daft Punk vous avaient habitués à faire un son que personne n’avait jamais entendu auparavant; maintenant ils font un son que personne n’entend plus.

La boucle est bouclée.

GaneshDeux

On m'a invité pour que je fasse du mystère, je suis l'invité mystère