Le PULP – un genre à l’ancienne

Au début j’étais parti pour écrire un article sur le dernier opus d’Indiana Jones… Mais finalement, Jayer m’a fait remarquer a juste titre que des articles là-dessus devaient inonder la toile à l’heure actuelle.

Ce film m’a laissé une très forte impression, notamment par l’improbabilité du scénario. Je n’avais pas le souvenir de twists aussi étrange dans les précédents, et cela m’a poussé a mettre en avant la question du genre du film.

Pour ne pas vous dévoiler les secrets de la dernière production en date, rappelons-nous simplement de la trame du premier film de la série, Indiana Jones and the raiders of the Lost Ark:

En 1936, un professeur d’université baroudeur à ses heures, Indiana Jones (notez le surnom fantasque du héros), est mandaté par les services secrets pour retrouver le Médaillon de , en possession d’une tenancière d’un bar au Népal. Cet artefact égyptien serait un premier pas sur le chemin de l’Arche d’alliance, où Moïse conserva les Dix Commandements. Mais cette relique est aussi convoitée par des nazis qui seront les grands méchants du film. A la fin, l’Arche d’alliance est ouverte et des esprits suceurs d’âmes tuent tous les nazis sauf Indiana et sa compagne.

Honnêtement, qui peut regarder ce synopsis sans rire un bon coup tout en se demandant si Spielberg n’était pas sous acides lors de l’écriture du script ?

Et pourtant, ça marche. Nous ne nous attarderons pas sur les raisons de ce succès, mais bien plutôt sur le pourquoi d’un tel choix scénaristique. Des jungles impénétrables, un héros sur de lui, des artefacts antiques, une touche de paranormal, une bonne couche d’action et des méchants vraiment très méchants… Ces ingrédients sont les éléments récurrents d’un genre bien à part, le PULP.

• D’où vient le PULP ?

Le genre Pulp tire son nom des magasines à bas prix (faits à base “wood pulp”) que l’on pouvait acheter des années 20 aux années 50. Le papier était de mauvaise qualité et s’effritait en général assez rapidement, rendant leur durée de vie très limitée.

• De quoi parle le PULP ?

Des romans de fiction, de fiction, et encore de fiction !! Aventure, Héroïsme et Exotisme étaient les maîtres mots de ces magasine, et cela à toutes les sauces…. Superheros, Détectives, Explorateurs sans peurs et sans reproches..! Il en fallait pour tous les goûts, et ce petit échappatoire imaginaire connu un succès croissant auprès des populations désireuses de faire abstraction, pour un instant, des aléas de la vie quotidienne. Je pense que l’on a pu rapidement parler du genre “pulp” à part entière.

• Le PULP, une “trash fiction” ?

La fréquence de parution des magasines “pulp” était assez impressionnante, comparable à celle de nos comics aujourd’hui (qui sont les descendants des “Hero pulps”). Exploitant des thèmes émoustillant le commun des mâles (action, femmes,violence) cette littérature fut souvent qualifiée de “trash fiction”. Les magasines sont ainsi rapidement venus a créer puis tourner à toutes les sauces les grands stéréotypes que nous voyons de nos jours, et qui semblent horriblement surfaits… En effet, il arrivait souvent que les scénaristes soient à court d’idées et se lancent dans des histoires plus rocambolesques les unes que les autres, introduisant martiens, mutants, extraterrestres et autres cités perdues, tout cela lié par une sauce kitschissime ! De la littérature de “série Z”, me dites-vous? C’est peut-être cela qui fait son charme…

• Quelques icônes du PULP

Pour vous faire une idée, voilà quelques symboles de la “génération pulp”:

  • The Shadow: un homme en noir maître dans l’art de l’hypnose, ancien aviateur professionnel. Il été trouvé dans les “Detectives stories”, là où crimes, femmes fatales et espions abondaient…
  • The Phantom Detective: playboy avant la Grande guerre, aviateur pendant, détective après. Plus un réel aventurier qu’un détective, il apprit à maitriser toutes les techniques de filature, de déguisement et autres compétences nécessaires à faire de lui un parfait enquêteur, s’amusant à résoudre les affaires que la police ne saurait élucider.
  • Doc Savage: mon favori, et de loin. “L’homme de Bronze”, comme il est appelé, est le héros parfait. Elevé dès la naissance (sous les ordres de son père) par une équipe de scientifiques pour avoir une connaissance parfaite des sciences et des arts, une mémoire eidétique à toute épreuve, une maîtrise totale des arts martiaux et un physique hors du commun, il est là pour combattre le Mal. Ayant créé ses propres bases secrètes suite à l’or exploité dans une mine que lui ont donné des Mayas dans le premier volume, il traque, avec sa fidèle équipe (chaque membre ayant évidemment un point fort et un point faible particuliers), les vils savants fous menaçant de détruire le monde. Cette série de romans est merveilleuse et mériterait un autre article, un de ces jours.
  • Tarzan: Ai-je vraiment besoin de vous le présenter ? Créé par Egard Rice Burroughs puis repris des centaines de fois, cet homme élevé par des singes naquit peu avant les années vingt et ses aventures sont innombrables.
  • Zorro: Le justicier masqué ! Don Diego de la Vega, redresseur de torts, est également une des icônes pulp de ce temps.

Et tant d’autres…. Conan le Barbare, Buck Rogers, Flash Gordon, James Bond, Ka-Zar… Une liste qui serait bien trop longue à énumérer ici !

• Qui à écrit du PULP ?

Beaucoup de gens, j’en cite quelques fameux: Isaac Asimov, Jack Vance, H.P. Lovecraft, Mark Twain, Joseph Conrad, Arthur Conan Doyle (la série du Professor Challenger), j’en passe et des meilleurs…

Sans oublier les illustrateurs, car la couverture du roman est l’emblème de la littérature PULP: l’image se devait d’être flamboyante, présentant généralement un héros en pleine action, une demoiselle en danger ou un Grand Méchant ricanant… Quelques illustrations venaient égayer les nouvelles, mais c’est la couverture qui se devait d’appâter le public et donner un avant-goût de frisson à un lecteur avide de sensations fortes!

Quelques titres de magasines pulps: Adventure, Amazing Stories, Black Mask, Horror Stories, Marvel Tales, Startling Stories, Thrilling Wonder Stories, Weird Tales… (merci Wikipedia).

• Influences du PULP

Indéniablement, le genre du Pulp a laissé des traces dans notre société actuelle.

Au cinéma, on ne compte plus le nombre de reprises de héros pulps: outre la reprise des icônes de l’époque (Tarzan, Zorro, Doc Savage), de nombreux films s’en sont inspirés et l’ont parodié: La série des Indiana Jones reprends ce genre, tous les James Bond, Pulp Fiction l’évoque assez clairement…

En littérature, les comics ont succédé au Pulp pour atteindre un public plus jeune, tandis que la Fantasy et la Science Fiction en sont les dignes descendants !

Et même dans le monde des jeux…. Les jeux de rôles ne représentent-ils pas les histoires épiques de héros sans peurs et sans reproches ? Le JDR Adventure! en est à mon avis le meilleur exemple.

• Conclusion ?

Voilà. Maintenant que vous avez tout ça en tête, vous pouvez aller voir Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal.

Pulpement vôtre,

E.R.84.