Pascin par Joann Sfar

Donjon, Grand Vampire, Professeur Bell, Le Chat du Rabbin… Vous connaissez peut-être !

Mais connaissez-vous la série Pascin, du même auteur, dans la collection Mimolette de L’Association ?

Moins réputé que les autres albums de Joann Sfar, cette série — pour le moment il en existe 6 tomes — de courtes Bandes Dessinées (petit format, 50-60 pages à mon souvenir) est pourtant un petit bijou du 9e art.

L’auteur y décrit, dans un style résolument tourné vers un public adulte, la vie débridée de Julius Mordecaï Pincas, dit Jules Pascin, artiste-peintre du début du XXe siècle connu pour ses toiles de la gent féminine parisienne.

La BD en elle-même est toujours rédigée dans le style caractéristique de Joann Sfar: un trait parfois enfantin, parfois brouillon, des personnages à la fois simples et complexes, aux dialogues déconcertants d’authenticité…

L’ambiance de Pascin est beaucoup plus sombre que celle des autres albums de Sfar: tout en noir et blanc, l’auteur nous plonge au sein des doutes et des remises en questions d’un artiste mal dans sa peau. Tracassé par le drame de “la page blanche”, par une vie de débauche vide de sens, par une volonté de lier création artistique et jouissance charnelle, Jules broie du noir plus que de raison.

L’oeuvre entière est sous-tendue par un érotisme constamment présent, la virilité de l’artiste s’affirmant à travers son pinceau (sans érection, pas de toile) et ses conquêtes épisodiques… La nudité y est montrée telle quelle, sans fioritures, et les scènes de sexe se glissent dans le récit avec une banalité extraordinaire. Ici, pas de pornographie; l’acte passionnel n’est pas une fin en soi, mais un moyen de nous mener a mieux appréhender la psychologie et la vie du personnage principal.

Joann Sfar nous fait évoluer dans la France des années 20, passant en revue une galerie de personnages tous plus atypiques les uns que les autres. Le lecteur découvrira sous la plume du dessinateur comme sous le pinceau du peintre le Paris des prolétaires, des gangsters, des artistes et des prostituées, de toutes ces personnes en marge de la société mais qui, pourtant, lui apportent tellement d’humanité.

BDiquement vôtre,

E.R.84.

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