Les différents jeux de société dans l’univers du Seigneur des Anneaux

Comme vous le savez, les œuvres à succès génèrent souvent des licences juteuses et des franchises douteuses… Films, Goodies, Comics, BDs…  tout y passe, et le Seigneur des anneaux ne fait pas exception à la règle ! Tout le monde connait les films, tirés des livres, mais tout le monde connait-il les jeux tirés du livre ? On ne le soupçonnerait pas, mais ils sont plus nombreux que l’on pourrait le croire. Mais quid de leur qualité, de leur intérêt ? Comme beaucoup de jeux à licence, on pourrait s’attendre à de grosse bouses commerciales… Et on aurait pas tort. Cependant parmi cette quantité astronomique de produits, ils se trouvent quelques petites perles qui ont retenues mon attention…

J’ai tenté dans ce dossier d’être le plus exhaustif possible et de retrouver tous les principaux jeux sortis sur le sujet, mais je ne prétends pas avoir TOUT analysé, testé et décortiqué… cet article est surtout là pour donner un point de vue sur la majorité des publications ludiques et guider l’éventuel curieux intéressé par le sujet. Par souci de longueur d’article, je ne m’attarderai pas sur les règles exactes de chaque jeu, mais plutôt sur mon humble avis concernant ces différents produits. Pour trouver les règles en détail il vous suffira de cliquer sur les titres des jeux, qui vous ramèneront sur l’excellent site Tric-Trac, où vous trouverez tous les détails.

Il est à noter que la majorité des jeux qui seront présentés ici ne sont plus en vente à l’heure actuelle, car le marché du jeu bouge rapidement et les effets de mode (dérivés de films) y ont la vie dure… Si vous ne trouvez pas ces jeux dans votre boutique préférée, alors jetez un œil sur les occasions ou dans les ludothèques.

Et… C’est parti !

• Les meilleurs

Parce que dans les jeux tirés de licences de films ou de livres il n’y a pas  que des bouses, j’ai, au cours de mes tests, remarqué 3 jeux qui sortaient vraiment du lot et pouvaient se targuer d’offrir un véritable plaisir ludique à ses joueurs… C’est pas beaucoup ? Certes, mais c’est de la qualité ! Voilà le Top 3.

La Guerre de l’Anneau

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Si je devais choisir un jeu qui pourrait à la fois respecter au mieux l’ambiance du livre, tout en offrant par sa profondeur un véritable challenge au joueur et qui conserverait une durée de vie exceptionnelle, ça serait celui-là. Attention, ici nous ne sommes pas dans le jeu dit “familial” : les parties durent dans les 3 heures de jeu, et l’aspect stratégique  s’adresse véritablement aux aficionados du jeu de conquête.

La Guerre de l’Anneau retrace les titanesques batailles ravageant la terre du milieu, tandis que la communauté fait son petit bout de chemin vers la Montagne du destin. Pour représenter ça, essayez de visualiser un Risk beaucoup plus détaillé, où un camp incarne les forces des ténèbres et l’autre les forces de la lumière. L’Ombre aura pour but de capturer 5 cités ou forteresses du Bien, et la Lumière devra capturer deux forteresses du Mal ou amener la communauté à la Montagne. Les règles de découvertes sont relativement accessibles et jouables par le tout-venant, même si la partie sera longue. La mécanique en soi n’est pas complexe, elle repose sur des lancers de dés qui détermineront le type d’actions que vous pourrez faire à chaque tour (avancer vos armées, amener des renforts..), par contre pour gagner vous allez devoir la jouer très fine… Comme dans le roman, il y a un énorme déséquilibre entre les forces du bien et du mal. Lorsque les troupes du joueur du Bien meurent, elles quittent le jeu ; lorsque celles du Mal meurent, elles reviennent dans sa réserve. Stressant ? Le succès du Bien réside donc dans la gestion de ses troupes conjuguée à celle de la communauté de l’anneau, qui sera le moyen le plus sûr de gagner tout en contenant les forces du mal du mieux possible. Du côté des méchants, la supériorité numérique ne fait pas tout non plus, et l’Oeil devra rester sur le qui-vive !

Du challenge donc, du GROS challenge. Le système de dés déterminant les actions laisse une part bienvenue au hasard (si on devait tout planifier, ça serait l’horreur… il faut que le jeu reste accessible) sans qu’elle ne soit handicapante : vous aurez toujours assez de dés pour faire quelque chose d’intéressant. De même, les règles avancées permettent des interactions avec les différents héros du roman, et étoffent encore plus la mécanique. Notez que le nombre idéal est 2 ou 3 joueurs, car à trois le Mal est divisé entre le Mordor et Sarouman, tandis que à 4 joueurs on divise également le Bien, cela l’affaiblissant plus qu’autre chose. L’immersion dans l’univers de l’œuvre est quasi totale, et parfois le joueur se retrouvera devant les mêmes choix cornéliens que Tolkien a du ressentir en écrivant son scénario (Bon, le Rohan va faire quoi maintenant? La communuté passe par le sud ou le nord ? etc. ). Ajoutez à cela à un matériel superbe, une carte merveilleusement illustrée et des figurines nombreuses et de qualité. En plus il est encore disponible en boutique… Que demande le peuple ? Il a été suivi d’une extension, Les Batailles du Tiers Age.

Le Seigneur des Anneaux – La Confrontation

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Un autre très bon jeu. A vrai dire, c’est celui qui m’a le plus plus, dans la catégorie des jeux rapides et accessibles. Là encore, le Bien et le Mal s’affronte (je vais arrêter de le préciser par la suite !), mais dans une dimension à la fois plus simple et plus tactique, sans laisser la place au hasard. Les joueurs placent leurs pions façon Stratego, une face neutre tournée vers l’adversaire, et une face montrant le personnage, sa valeur en point et sa capacité spéciale. Le plateau est petit et les règles de déplacement sont très simples, du type du jeu d’échec, le but du jeu étant d’amener Frodon à la Montagne, pour le Bien, ou 3 pions à la Comté, pour le Mal. On va donc pouvoir bluffer son adversaire en positionnant judicieusement ses pions pour l’amener dans son piège. Durée d’une demie-heure, règles simples, facile mise en place d’une stratégie ne pouvant être déjouée que par celle de l’adversaire (et pas par un mauvais jet de dés), voilà un petit jeu de grande qualité !

Le Seigneur des Anneaux – La Communauté

Un jeu de coopération, ça change un peu de d’habitude ! Même si ils se font plus fréquent ces temps-ci, ce n’est pas souvent qu’un jeu propose à tout le monde de s’unir pour essayer de le battre… Et pourtant c’est ce qui se passe dans La Communauté, où les joueurs vont incarner des hobbits tentant d’échapper à la corruption sur la route de la Montagne du Destin. Reiner Knizia, créateur renommé, nous offre ici un jeu qui ne manque pas de piquant, très difficile à battre (je vous mets au défi de gagner dès votre première partie!). Les joueurs tendent vers un but commun, doivent assurer leurs propres arrières de peur de se faire corrompre, mais tentent égalementd’être “le plus fort aux pieds poilus” (pour ceux qui ne supportent pas de voir “tout le monde” gagner, il y a la possibilité de voir qui a été le plus méritant dans ses exploits). Je dois avouer que j’ai pris moins de plaisir à jouer à celui-là qu’aux deux autres, mais c’est certainement à cause de cette difficulté et du fait que le jeu doit se bonifier au fur et à mesure que l’on en comprends les mécanismes. Les règles sont un peu floues par moment, il faut bien faire attention aux dénominations… Côté matériel les plateaux de jeu sont magnifiques (illustrations de John Howe, excusez-moi du peu!), par contre ils auraient pu faire un effort sur les pions cartonnés, on dirait les dessins d’un jeu pour enfant… C’est dommage. Il existe trois extensions pour ce jeu, et elles sont, parait-il, excellentes : Champs de Batailles, Les Forces des Ténèbres, et Sauron.

• Les ratés

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Après ceux qui cartonnent, voilà ceux qui ont “presque” cartonné… La plupart des jeux “originaux” (dont les auteurs ont créé un système de jeu unique  et spécifique à leur produit) ont malheureusement un problème : motivés par la licence et l’avalanche de thunes potentiellement envisageable, j’ai l’impression qu’ils sortent parfois les jeux à la chaîne en bâclant le produit , comptant uniquement sur un gros titre bien tape-à-l’oeil. Je vais donc brièvement aborder les différents “ratés” de l’univers ludique.

• Tilsit – le seigneur des blaireaux : Chez Tilsit, ils aiment les licences, ils aiment les jeux qui sortent et qui font des gros sous. Enfin c’est ce que je me dis, sinon je voies pas comment ils auraient pu sortir des bouses comme Le Seigneur des Anneaux – La Quête et Le Seigneur des Anneaux – Le Duel. De même format que leur excellent cousin La Confrontation, ils n’ont pas hérité de son génie. Pour commencer, dans La Quête Frodon et Sam sont ennemis et se tirent la bourre pour voir “qui c’est qui arrive le premier au volcan”. Les hobbits vont donc découvrir le terrain dans le chaos le plus total, et le hasard représente 99% du jeu, malheureusement sans le fun qui va avec. Le Duel, lui, n’est simplement pas à la hauteur de ce que l’on attend en voyant le produit. Pour un jeu représentant un duel entre Gandalf le gris et le Balrog, on imagine un truc assez classe et épique, mais au final la mécanique est tellement abstraite qu’on en oublie le thème. On pourrait y voir un peu de tactique, mais la pose de cartes que l’on a en main est presque totalement dictée par ce que posera l’adversaire, sans beaucoup de latitude ni de surprise. Qui plus est, et c’est ça qui m’a vraiment outré, le pont en 3D ne sert absolument à RIEN, ils auraient fait une deuxième échelle de points et une boite faisant la moitié de la taille actuelle, que cela aurait pu faire un jeu à 9€ décent. Mais voilà, ca coûte le double et c’est une arnaque.

Le Seigneur des Anneaux Junior : je vous avait dit que Reiner Knizia était un homme très connu dans le milieu ludique… et surtout extrêmement prolifique. Malheureusement quand on sort de nombreux jeux on fini par sortir des trucs un peu nul. Pour trouver de l’intérêt à ce jeu, il faut rabaisser la moyenne d’âge conseillée de 2 ans. Seul un enfant de quatre ans pourra s’amuser, et ça sera surtout pour jouer avec la petite flêche que vous faites tourner sur son axe. Règles assez mal expliquées, matériel peu joli… Et un gros bug qui fait qu’il est plus intéressant d’arriver et cogner Sauron quand il n’a plus qu’un point de vie plutôt que de se taper tout le boulot et se faire voler la victoire par un petit malin qui joue au bon moment. Bref, c’est un jeu qui pourrait éventuellement satisfaire un enfant pendant quelques parties, jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’il y a tellement de choses mieux à côté… Il y a cependant une variante que je n’ai pas testé et qui renouvelle peut-être l’intérêt du jeu.

Le Seigneur des Anneaux – Les 2 Tours : J’enchaîne sur un deuxième jeu de Knizia peu convainquant. En soit le jeu est un système de pioche et de défausse classique avec beaucoup de hasard… assaisonné avec les illustrations du film Le Retour du Roi. Ils auraient pu mettre un thème sur Pokémon ou les plus grandes marques de cassoulet que ça n’aurait RIEN changé. Il parait qu’une version existante du jeu, axée sur le premier film serait plus sympa… Mais dans le principe, on fait un jeu abstrait et on lui colle des images du Seigneur des anneaux parce que c’est à la mode, et ca vend. Circulez.

Bilbo le Hobbit : Vous voulez faire découvrir l’univers de Bilbo à vos enfants  ? Achetez le livre et faites-leur la lecture lors de belles ballades en forêt (c’est comme ça que j’ai été initié), mais ne jouez pas à ce jeu. En soit le principe n’est pas idiot, c’est une sorte de jeu de l’oie où vous accumulerez expérience pour aller voler les gemmes de Samug le dragon. Mais c’est long. Trop long… Voulant retranscrire au maximum l’ambiance du jeu, ils ont intégré énormément de cartes toutes différentes, avec les personnages du livre, les évènements… Ce qui fait que le public d’origine (10 ans) s’ennuiera dans des parties interminables, et lorsqu’il aura grandi il trouvera le principe du jeu de l’oie un peu trop simple. Bref, un jeu hybride pas pour les grands ni pour les petits… Dommage, il y avait de l’idée.

Ringgeister : Voilà le jeu qui m’a le plus déçu… Parce que j’en attendais énormément, et finalement il n’apporte pas grand-chose de palpitant. Sorti en 1993, il ne surfait pas sur une vague marketing quelconque, et a fait valoir le thème et la mécanique par-dessus tout. Le matériel est superbe et très ludique : un paysage totalement modulable qu’on modifiera au cours de la partie, des pions en bois sympathiques… Le principe est intéressant : Les forces du mal se déplacent dans des directions prédéfinies par le système de jeu selon le résultat des joueurs, qui coopéreront puis se battront pour gagner. Sauf que en réalité le beau plateau est immense, et les chemins à suivre TRES sinueux. Ce qui veut dire qu’on va passer 40% du temps à déplacer des spectres et orques qui n’iront nulle part, et les 60% restant à calculer où ils iront si on bouge à tel ou tel endroit. Il y a comme un souci, non ? De plus, en suivant les règles à la lettre ce jeu est faussement coopératif, le premier joueur à être aidé par les autres prendra probablement les jambes à son cou pour laisser tomber ses camarades et aller à la montagne de feu jeter l’anneau avant les autres… Soit-dit en passant, si jamais vous avez l’occasion d’y jouer, je conseillerai déjà d’établir que toutes les étapes doivent être accomplies pour que les hobbits puissent aller détruire les anneaux. Bref, grosse déception pour un jeu qui avait vraiment beaucoup de potentiel.

• Les classiques revisités

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Je ne vais pas vous faire l’affront de vous présenter les classiques qui vont suivre,je me contenterai de vous indiquer qu’ils existent, afin que vous vous rendiez compte du phénomène de mode qui a secoué le monde ludique avec la sortie des films. Autant les jeux précédents avaient le mérite de l’originalité, autant ceux-là sont de simples blockbusters du jeu de société dont on a changé le graphisme et 2-3 lignes de règle pour surfer sur la vague de la Grosse Thune. Et ce qui est malheureux, c’est que ce sont ces jeux-là qui se retrouvent en grande surface, et qui sont achetés par centaines parce que l’enfant chéri est allé au cinéma, adoooore le film et connaît bien le monopoly, alors ca va forcément lui plaire ! Triste monde.

En tout cas, nous avons donc des reprises du Monopoly, du Labyrinthe, du Stratego,du Risk (qui à ce qu’il parait est relativement intéressant.. pour du risk), et bien sur le Trivial Pursuit qui est marrant mais vous avez intérêt à être fan du film et avoir vu TOUT les making of et connaitre par coeur le casting, la filmographie de tout ce beau monde (d’ailleurs un DVD-quizz est fourni dans le jeu), et enfin Le Seigneur des Anneaux – Action Quizzqui est un simple quizz apparemment trapu sur le film. Notez que dans les deux derniers on oublie toute notion du livre uniquement pour se consacrer à l’adaptation cinéma… Forcément, qui est volontaire pour répondre des questions sur les chansons de Tom Bombadil ou la généalogie hobbit ?

• Enfin voilà…

Un conclusion pas trop pessimiste pour couronner le tout ? Facile : même si on a l’impression que j’ai râlé sur la majorité des jeux, ceux qui étaient bons m’ont VRAIMENT fait prendre mon pied. Lorsque l’on est fan d’un univers et qu’on le voit prendre forme comme par magie sous ses yeux, à pouvoir reproduire les évènements des héros qui nous ont fait rêver et leur donner nos propres directives, ça  a quelque chose d’enivrant. Il faut faire le tri, c’est tout : ne pas hésitez à demander à des spécialistes du jeu pour qu’ils séparent le bon grain de l’ivraie, et vous recommandent les jeux derrière lesquels il y a eu une véritable réflexion, pas simplement une opération marketing. Dans l’ensemble j’ai pris beaucoup de plaisir à étudier tout ces jeux, aller chercher la petite bête et lutter contre les a priori négatifs que peuvent susciter les jeux à licence. Il y a quelques  oubliés que je n’ai pas testé, comme les antiques The Fellowship of the Ring et Quest of the Magic Ring, et probablement d’autres qui seront passés dans les mailles du filet, alors n’hésitez pas à me signaler ceux que j’aurai manqué !

Pour finir, une petite mention spéciale à trois excellent jeux qui quittent le domaine des jeux de société pour s’orienter vers les jeux plus spécialistes, Le jeu de batailles du Seigneur des anneaux chez Games Workshop et les deux Jeux de cartes à Collectionner de chez Iron Crown Entrerprise et chez Decipher. Le premier est un jeu d’escarmouche très bien huilé (Jayer pourra le confirmer!) agréable et fluide à jouer, tandis que les JCC tirent leur épingle du jeu dans le domaine. Je ne m’étale pas à leur sujet car ce n’est pas le propos, mais ils valent vraiment le détour. Sur ce, je vous laisse avec mes collègues pour d’autres articles comme s’il en pleuvait, et on se retrouve le 29 juin pour un petit billet sur une autre facette ludique du Seigneur des Anneaux : les jeux de rôle !

Tolkienement vôtre,

E.R.84

Petit rappel du Planning du Dossier Seigneur des Anneaux :

Dossier Lord of The Rings