[Cinéma] Miss Pérégrine – Tim Burton est-il devenu obsolète ?

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Plus la peine de présenter Tim Burton père fondateur d’un style cinématographique empreint de gothique à forte tendance romantique. Adorateur de Johnny Depp (sa muse n°1) qui s’associe souvent à la même brochette d’acteurs et actrices d’un film à l’autre.

Son mariage avec Helena Bonham Carter (sa muse n°2) avait d’ailleurs donné lieu à un très bon casse-tête : en cas de divorce qui aura la garde de Johnny Depp ?

Blague à part, d’un point de vue cinématographique Tim Burton aura contribué plus qu’il n’en faut au 7ème art avec son style souvent imité mais rarement égalé. Sa touffe de cheveux façon nid d’oiseau est autant sa marque de fabrique que son univers à la fois gris et coloré. Oui, enfin de la couleur sur les costumes et les décors hein, pour le reste c’est une autre polémique.

Quand on vous demande de citer un Tim Burton je suis sûre que les titres qui vous viennent en tête sont tous de l’époque pré-Alice Aux Pays des Merveilles. Car avant ce gloubiboulga d’effets spéciaux très douteux (mais qui aura eu le mérite de mettre Mia Wasikwoska sur le devant de la scène internationale) Tim Burton c’était un univers souvent mélancolique, un peu fou, empreint d’une nostalgie morbide fascinante.

“Euh pardon mais Charlie et la Chocolaterie c’était AVANT Alice et c’était déjà bien de la merde !”

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Oui, alors non. Si le film est plus que discutable, à l’époque cela représentait un tournant dans la carrière du monsieur qui s’attelait à un univers qui n’était pas le sien – bien qu’assez proche – et toute l’extravagance qui en résulte est – je suis désolée de vous le dire – rafraichissante !

Sauf ! Sauf que depuis il est un peu parti en sucette et tandis qu’Hollywood lui déroulait toujours le tapis rouge à grand coup de millions dans ses productions (PARCE QUE PRODUITS DÉRIVÉÉÉÉÉÉÉÉS) ses fans, eux, commençaient à se détourner.

Et part la même occasion de taper sur Depp qui…bah qui fait à peu près la même chose d’une production à l’autre avec plus ou moins d’eye liner.

Car après le très moyen et parfaitement inutile Planète des Singes, Alice aux Pays des Merveilles faisait office du strike n°3 qui te sort un joueur de la compétition. Personnellement je considère Sweeney Todd comme le strike 2 et m’est avis que si Alice était sorti avant Charlie, c’est sur ce second que l’on taperait allègrement…LOL NON ALICE C’EST DE LA MERDE ! Bref !

La carrière de Tim Burton est donc en dent de scie depuis environ 6 ans (15 pour les plus mauvaises langues) – sachant qu’il a commencé en 1971 le ratio est relativement acceptable – et fait parti de ces réalisateurs qui n’ont plus rien à prouvé. Sauf …sauf de savoir se renouveler. Et c’est là qu’intervient Miss Pérégrine.

Je ne sais pas si Burton a un plan de carrière ou s’il part à l’instinct. Je ne sais pas s’il jouit d’une totale liberté quant à ses projets ou si les studios ne font pas du forcing sur certains choix. Tout ce que je sais c’est que si Big Eyes remettait les compteurs à zéro, Miss Pérégrine marque le second souffle tant attendu de sa carrière.

Adaptation du roman Miss Pérégrine et les Enfants Particuliers de Ransom Riggs, le film nous conte l’histoire de Jacob qui suite à un drame personnel se lancera à la poursuite d’un mystère le menant tout droit à Miss Pérégrine et les enfants aux pouvoirs extraordinaire dont elle a la charge.

Je précise que je n’ai pas lu la saga de Ransom Riggs donc point de comparaison possible. Le film est donc jugé sur ce qu’il est avant tout : un film.

Quand je vous dit que Miss Pérégrine marque le second souffle de la carrière de Burton c’est tout d’abord parce qu’il utilise très peu d’effets numériques et ceux utilisés le sont avec parcimonie et efficacité. Sa réalisation est plus réelle, mais aussi plus vive que lors de ses productions à fond vert. Toute la première partie possède une esthétique très automnale avec des teintes de marron et de vert profond pour ensuite basculé vers quelque chose de plus glaciale à base de gris et de blanc rappelant le froid de l’hiver mordant ce qui marque bien le changement d’atmosphère qui survient dans le film à mesure que l’intrigue s’intensifie.

D’ailleurs pour celles et ceux qui pensent avoir à faire à un film hautement familial prenez gare !

Miss Pérégrine et les Enfants Particuliers est certes un conte mais un conte à la base ce n’est pas fait pour les enfants. N’en déplaise à Disney qui s’est afféré depuis 1937 à nous faire croire le contraire. Tout dépend évidemment de la maturité des enfants et de leurs habitudes télévisuelles mais ne vous laissez pas avoir par l’ambiance chatoyante et bonne enfant de l’affiche car le tout début du film puis la seconde partie ressemble plus à la chose terrifiante que l’on aperçoit en fin de bande annonce.

C’est comme pour le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro. Ce n’est pas parce que le personnage principal est un enfant dans un monde fantasmagorique qu’il s’agit d’un film pour les enfants ! Et pour refaire le parallèle avec ce chef d’oeuvre, il y a des moments dans Miss Pérégrine qui ne sont clairement pas adaptés à une jeune audience, mention spéciale aux Hollows.

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Encore une fois Burton s’éloigne donc d’une cible qu’on lui pensait acquise (les enfants et la famille) pour revenir vers les fans de la première heure tout en se rachetant une crédibilité. Il ne signe pas le scénario, et l’idée originale provient d’un immense succès littéraire mais on sent qu’il prend un nouveau tournant qu’il a envie de se renouveler et de dépoussiérer le “style Burton”. Il fait donc à nouveau appel à Eva Green – qui fit son entrée dans le monde de Burton avec l’horrible Dark Shadows – et à quelques artistes avec qui il a l’habitude de composer ses oeuvres sauf…Danny Elfman qui ironiquement était bloqué sur la musique d’De l’Autre Côté du Miroir, la suite d’Alice aux Pays des Merveilles mais sans Burton aux commandes.

Petite aparté musicale. Je sais que beaucoup vont crier au scandale, mais le fait que la musique soit signée par d’autres mains que celles de Danny Elfman est une bonne chose. On retrouve des morceaux assez connus signés d’artistes tels Florence + The Machine ou encore du Tchaikovsky, mais celle composée pour le film par Michael Higham (qui a déjà officié sur d’autres films Burton comme *tousse tousse* Dark Shadows ou Sweeney Todd) et Matthew Margeson (qui a composé l’excellent B.O de Kingsman) est un vrai bol d’air frais. À aucun moment elle ne prend le pas sur l’image qu’elle accompagne à merveille si bien qu’on ne souffre pas de l’absence de Danny Elfman. Il y a une scène cependant où la musique est…fort étrange mais ma culture musicale ne me permet pas de dire s’il s’agit d’une création originale pour le film ou d’un morceau pré-existant mais quand vous l’entendrez je ne doute pas que vous aurez cette merveilleuse réflexion “what ze phoque ? C’est quoi c’tte merde ? Oh putain c’est moi où Burton vient de faire un caméo ???”.

Un nouveau Tim je vous dis.

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Pour la création visuelle et le fait qu’il change un peu de clique c’est donc un gros oui. Pour le reste…rien n’est moins sûr.

Je ne sais pas à quel point le film est fidèle au livre mais force est de constater que la seconde partie souffre d’énormes incohérences et d’un manque de rythme évident. De plus les particularités des enfants est à peine exploitée et l’histoire se focalise principalement sur les deux adolescents héros de la bande annonce et visiblement du film…Ce qui à mon sens est une erreur car tous les gamins valent le coup d’oeil et de stylo puisqu’on est pas obligés d’être des adolescents en proie à ses hormones pour être digne d’un film fantastique. L’erreur première du film est donc de se focaliser sur les mauvaises choses. Je ne dévoilerai pas l’intrigue car le film mérite d’être vu mais des bouts d’intrigues sont disséminés aux quatre vents, on vous évoque une chose pour qu’au final ça n’ait AU-CUNE importance tant pour l’histoire que pour le développement des personnages. Développement qui est d’ailleurs cantonné qu’aux plus grands qui s’avèrent aussi être les personnages les plus inintéressants de l’histoire.

Miss Pérégrine, sorte de Mary Poppins un poil effrayante est une vraie pépite incarnée par une Eva Green trouve sa place dans l’univers Burton. Contrairemen à Dark Shadows où son talent était sous exploité malgré la surprise de la voir dans un rôle comique, en tant que Miss Pérégrine elle montre qu’elle peut apporter beaucoup plus que sa plastique au réalisateur. Son regard envoutant n’a d’égal que sa voix autoritaire et douce à la fois. Elle est une main de fer dans un gant de velours, la gardienne parfaite pour des enfants rejetés par la société et à la vie particulière si vous me permettez ce jeu de mot facile. Elle gère tout avec précision et son affection pour les enfants ne prend jamais le pas sur ses devoirs envers eux. Un regard, une tension de mâchoire suffisent à rappeler les enfants à l’ordre et à susciter l’admiration de tous parents et baby sitter du monde entier. Si Miss Pérégrine donne des cours je veux bien y assister.

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Il s’agit bien là du seul personnage un tant soit peu travaillé car du côté des gentils comme de celui des méchants il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent. Ce qui m’amène à Samuel L. Jackson (si, si y a un rapport). Première incursion dans l’univers Burton si je ne m’abuse, sa présence n’a pourtant rien d’étonnant et s’il “fait du Samuel L. Jackson” on ne lui en tient pas rigueur, bien au contraire. Le personnage étant creux (autre jeu de mot subtil que vous comprendrez après avoir vu le film) il fallait bien tout le charisme d’un acteur de la trempe de Jackson pour habiter un peu cette coquille vide. S’il n’est pas le premier acteur noir dans un film Burton, il semblerait pourtant qu’il soit le pionnier dans un rôle de premier plan. Peut-être que vous passerez à côté mais à la fin du film je me suis demandé pourquoi il n’y avait que des acteurs blanc exception faite du méchant qui lui…est noir ! Je ne suis pas la seule à m’être posé la question et Tim Burton de s’enfoncer dans des explications empêtrées que je vous laisse le soin de trouver.

Décor, ambiance : check.

Casting : check.

Personnages : …check faute de mieux.

Et l’histoire dans tout ça ?

Oh bah l’histoire tient sur un poil de tête et s’avère être dès le début pleine de clichés bien bien lourds sur l’adolescent-maladroit-qui-ne-trouve-pas-sa-place-dans-le-monde-et-va-vivre-une-aventure-extraordinaire-qui-va-le-révéler-à-lui-même. Oui c’est long comme archétype mais c’est là une description parfaite et complète du héros dont j’oublie le nom toute les deux minutes. Donc les clichés de la quête sont :

  1. Un vieux avec des indices mystérieux. Parce que les vieux c’est classe comme le dirait Perceval
  2. un gamin qui doit sauver le monde du monde alors que rien ne le prédispose à.
  3. En fait si, c’était écrit dans sa destinée, ses gênes, un biscuit chinois, l’horoscope du jour (choisissez votre excuse favorite).
  4. Il rejette sa mission.
  5. Il sympathise avec les gens (LA MEUUUUUUF) et apprend à les connaitre (LA MEUUUUUF).
  6. Il accepte sa mission

Pour le reste allez voir Miss Pérégrine car malgré ses défauts (et bon sang il y en a !) c’est un film divertissant, bien fait avec une Eva Green qui s’impose et un Tim Burton qui tentent de nouvelles choses. On ne devrait jamais en vouloir à un artiste de s’essayer à d’autres styles, d’autres voix et il me semble que Burton, se rendant compte qu’il devenait obsolète et ridicule, veut faire amende honorable et proposer encore et toujours de nous faire rêver.

J’aurai pu vous faire la liste de ce qui n’allait pas mais dans son ensemble je garde un bon souvenir de Miss Pérégrine et les Enfants Particuliers. Un souvenir empreint d’une douce nostalgie avec l’envie d’y retourner et au fond, c’est bien ça la magie de Burton.

Miss Pérégrine et les Enfants Particuliers (Miss Peregrine’s Home for Peculiar Children)

Une oeuvre fantastique réalisée par Tim Burton

Au cinéma le 5 Octobre 2016 

 

Super Balzi

Animal étrange résidant un peu partout dans l'univers, Super Balzi n'a de super que le nom. Mégalo, hystérique et carnivore elle s'enflamme pour tout et n'importe quoi et alors...plus rien ne l'arrête. (Source : National Geographic)