Star Wars, commencer par 1,2,3 ou 4,5,6 ?

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Chers lecteurs et lectrices,

L’épisode 7 de Star Wars vient de sortir. Je serais bien tenté de faire article sur ce nouvel opus, de surcroit d’une toute nouvelle trilogie.
Et ce ne sont pas les sujets de discussions qui manquent, entre la marque de fabrique Disney, le sérieux et la profondeur de l’intrigue, le croisement entre les nouveaux et anciens personnages, etc…
Mais ce serait une telle source de spoil, que je vais m’imposer un minimum de décence.

D’ailleurs, ne serait ce que cette intro constitue déjà une source de spoils non négligeable pour tout fan paranoïaque de Skywalker & Co.
En effet, parler de la marque de fabrique de Disney peut faire penser que la réalisation de ce nouvel épisode tranche complètement avec la première trilogie. Parler du sérieux et de la profondeur de l’intrigue laisse supposer que l’histoire est bien ficelé, ou pas du tout ! Difficile dilemme, n’est ce pas ?…
Enfin, oui il y a des anciens personnages qui reviennent à la charge, mais lesquels ? Ah mon Dieu c’est terrible, ceci est un poil atroce ! Nous courrons au devant d’un procès sans nom qui finira par nous mettre sur la paille, et Jayer devra donc se prostituer pour nourrir ses enfants…
En définitive on pourra toujours justifier de 40 ans d’écart entre la réalisation de “A new hope” et “The Force Awaken“, mais je vous le rappelle encore une fois, le fan de Skywalker & Co est paranoïaque…
Je vais donc aborder un sujet moins dangereux, et qui par ailleurs aidera peut être certains parents qui veulent faire découvrir cette saga à leurs enfants.
Doit on commencer par montrer la première trilogie ou la seconde ? (notre cher Jayer, alias ‘Jaya Les Belles Planètes’ s’était me semble t’il posé la question il n’y a pas longtemps pour son aîné)
“Ha ! Ha !” me direz vous certainement, sur un air de détective chopant un gredin en plein délit. Qu’appellera t’on première et seconde trilogies ? Parle t’on de la première réalisée ou de la première chronologiquement parlant ?
Pour plus de simplicité, nous parlerons ici de trilogie 1,2,3 pour Phantom Menace / Attack of the Clone / Revenge of the Sith et 4,5,6 pour A New Hope / Empire Strike Back / Return of Jedi. (comment je me la pète grave avec mes noms en anglais ! Mais osef…)
Pour être claire sur la question, je pense qu’il serait bon dans un premier temps de rappeler quels sont les thèmes et messages abordés dans chaque trilogie, parce que oui, il y en a et ce sont ces notions qui vont permettre d’élever (du moins je l’espère), le débat autrement que “Ah mais la première saga, c’est de la merde ! On voit Anakin faire du rodéo sur une couille !”

Rentrons enfin dans le vif du sujet, parlons de 1,2,3.

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Laissons de côté que la plupart d’entre nous connaissaient déjà l’issue de cette trilogie puisque paru 20 ans après la première. On découvre dans un premier temps deux jeunes jedi, du moins un maitre Jedi, Qui Gon Jin et son padawan (première fois que l’on entend cette dénomination ? Ah tiens, il y a une hiérarchie chez les Jedi ?), en proie à une confédération commerciale (mais comment des banquiers et des assureurs peuvent ils être violent ?).
Ce qui surprend dans cette première série, c’est l’aspect très hiérarchisé de l’univers, très politisé. Oubliez tout de suite les ermites du désert et des marais moisis. Les Jedi existent bel et bien, ils sont nombreux et ont un véritable rôle capitale. Il servent de juges et d’arbitres dans la galaxie. Ils possèdent des infrastructures puissantes. On ne parle pas d’empire mais de république, il existe un sénat, il y a des élections, des motions de censures, et inévitablement des complots.
Pourtant les combats font rage, Naboo se meurt en l’absence de l’ONU intergalactique, les Sith du KGB contre les Jedi de la CIA (mais où sont les renseignements généraux Français que diable ?!) s’affrontent en duel sans merci.
Toute la saga montre à merveille ce que notre société est susceptible de vivre. Palpatine qui devient empereur, en s’octroyant les pleins pouvoirs, le tout en accusant les Jedi de terrorisme (et ce devant les applaudissements des parlementaires du sénat, comme le souligne Padmé), ce n’est ni plus ni moins ce que nous vivons avec l’état d’urgence actuel (à la différence, qu’on ne peut pas nier la menace terroriste qui elle est bien réelle comparé aux Jedi, qui eux sont victimes dans la fiction). De même, la dotation des troupes de Stormtroopers à la République fait penser clairement à Hitler qui dans les années 30 avait réarmé l’Allemagne (Des Stormtroopers ? Ok, mais dans quel but ? Grâce à qui ? Pourquoi faire ? Certainement pas pour entretenir la pelouse du Sénat).
On sait parfaitement que les Jedi finiront par être anéantis par les Sith, mais comment ? Comment Anakin, ce gentil petit garçon, va t’il devenir Dark Vador ? Et comment une République avec des institutions solides va t’elle perdre à son propre jeu pour devenir un empire totalitaire ? (vous avez compris ? Allez voter !)
Là est toute l’instruction dont on peut tirer de cette saga.

Maintenant abordons 4,5,6.

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Si nous jouons le jeu des spectateurs de 1977, c’est à dire ceux qui ont découvert cette trilogie sans avoir vu la première trilogie, 4,5,6 commence par nous apprendre l’existence d’une galaxie très très lointaine, dans laquelle un empire règne en tyran sans partage. La figure de cet empire, un certain Dark Vador, traque un groupuscule rebelle dont fait partie la Princesse Leia. Leia possède des informations sur une base secrète qu’elle est chargé de transmettre à son QG, mais Vador intercepte son vaisseau, nous connaissons la suite. Ici l’intrigue est centré sur le personnage de Luke Skywalker, Han Solo, Leia Organa et Dark Vador (qui joue un rôle indispensable, soyons très clairs là dessus).
Il n’est pas question ici d’intrigues politiques. Le conseil Jedi n’est plus. On suit les aventures de personnages, très jeunes pour la plupart qui vont faire la preuve d’un énorme courage (clin d’oeil à mon cher ami Adrien, qui a rappelé récemment les difficultés auquel Leïa fait face dans “A New Hope” lorsqu’elle assiste impuissante à la destruction d’Alderan par l’étoile noire).
Plus que le courage, la notion de responsabilité, Luke qui a des remords à abandonner sa famille avant que celle ci ne soit assassinée par les troupes de l’Empire, Solo face à ses dettes de jeu dans Empire Strike Back, mais qui emmène malgré tout Leia en sécurité et qui finit par accepter la congélation carbonique (oui je parle bien d’acceptation, il suffit de voir le discours qu’il tient à Chewbacca), Luke encore une fois, qui fait le choix difficile de quitter l’enseignement de Yoda pour aller sauver ses amis non sans promettre de revenir (promesse qu’il tient dans Return of Jedi). Luke fait d’ailleurs à nouveau preuve de responsabilité en quittant l’alliance pour aller se livrer à Vador et donc faire face à l’empereur.
Enfin dernière vertu mise en avant, celle de la patience, de la persévérance et de l’apprentissage, et là c’est surtout l’entrainement de Yoda (qui fait alors face à un Luke Skywalker jeune, fougueux et impatient d’en découdre avec Dark Vador) qui met en scène ces qualités.
Si je compare les héros des deux sagas, on constatera sans conteste que Luke est beaucoup plus responsable que son père. Il est au même âge bien moins prétentieux, il connait la peur tout en tachant de garder la tête froide. Il fait au mieux pour ne pas céder à la colère, à la haine. Il parvient à redonner de l’amour à son père.
Pour refaire un clin d’oeil à mon cher ami Adrien, 4,5,6 possède un travail scénaristique original (entre temps c’est l’original), qui ne peut être compensé par les effets spéciaux de 1,2,3. En effet les combats au sabre laser de 1,2,3 sont certes très beaux, théâtrales, mais peuvent ils faire face à un jeu aussi excellent que celui de Dark Vador, personnage sombre, silencieux, et si vide de sentiments. Solo a aussi son ennemi juré, le terrible Jabba. Toute la première partie de Return of Jedi lui est consacré. L’arrivée de chaque personnage témoigne d’une réflexion de génie dans la mise en scène (R2-D2 et C3PO, puis Solo sous forme papier glacé, Chewbacca avec Leia, et enfin Luke). Le combat dans la cage avec le Rancor permet à Lucas de devancer son ami Spielberg, avec son T-Rex et ses raptors (et pourtant Dieu sait que j’aime les deux premiers Jurassic Park). La bataille sur Hoth, le secours de Luke par Han, la poursuite dans l’espace de Empire Strike Back, la défait de Luke face à Vador, tout cela (plus tellement d’autres) sont autant de raisons de ne pas détrôner 4,5,6 de son piédestal.
1,2,3 ne peut égaler ça pour nous adultes (du moins c’est mon avis). Attention, il n’est pas question de reprocher le travail fait sur les 3 films. Les duels sont très bien chorégraphiés. On assiste à un Yoda qui enfin, dégaine son sabre laser (ce qui pour le coup est plus qu’original). On peut reprocher (et avec raison) l’aventure amoureuse entre Padmé et Anakin, mais elle a au moins le mérite de trouver sa place dans l’histoire. On comprend aussi en voyant ces deux tourtereaux d’où provient le caractère si solide de leurs deux enfants.
Le balais des Jedi sur la planète Géonosis montre également que maitriser la Force n’est pas suffisante face à une armée illimité. Le combat de Paplatine face à Maitre Windu, qui explique d’où vient une telle laideur pour l’empereur, qui montre aussi ce qu’est un vrai Sith (mince ?! Mais c’est quoi ce Chancelier Uber bourrin ?!), sans oublier l’exécution de l’ordre 66 qui là encore montre à merveille comment les Jedi se sont fait dramatiquement piégé.
La Trilogie finit aussi en apothéose, le combat entre l’empereur et Yoda et celui (moins réussi à mon sens, mais néanmoins dantesque entre Obiwan et son ancien padawan). La transformation d’Anakin en Vador et la mort tragique de Padmé sont les signes des heures les plus sombres de l’univers. Pour le spectateur, ça y est, il est dans le noir le plus total du côté obscur. Heureusement la naissance de Luke et Leia sonne un ultime écho de lumière dans toute cette noirceur, un peu comme une passation de pouvoir.
Il n’est donc pas possible de dire que 1,2,3 n’a aucune valeur, aucune originalité. Elle n’est juste pas comparable à 4,5,6 tant cette dernière est lumineuse.

Maintenant que l’on sait tout cela, que faire avec ceux qui ne connaissent rien à Star Wars ?

Là encore, est il déjà indispensable d’avoir vu 1,2,3 pour comprendre 4,5,6 ? A mon sens non, sinon Lucas aurait commencé en 1977 par Phantom Menace. 4,5,6 est mieux adapté à des enfants si l’on veut qu’ils puissent s’identifier à des héros et puiser en eux leurs valeurs. Certes les combats de 1,2,3 sont peut être plus impressionnants, mais la dite trilogie présente le problème de la compréhension de l’aspect politique de l’univers. 1,2,3 c’est aussi l’explication du pourquoi on en est là dans 4,5,6. Et pour moi, il est plus intéressant du coup de voir 4,5,6 en premier, quitte à se poser la question, tel un détective : Mais c’est la faute à qui tout ce merdier ?
Parce que oui, 1,2,3 peut aussi être vu comme un film de détective, à y revoir de plus près.
Enfin, il y a fort à parier que voir 1,2,3 en premier puisse lasser le spectateur plus facilement que 4,5,6, dont autant commencer là où le fil dramatique est le plus fort.
De surcroit, comparer 1,2,3 avec les effets spéciaux de 4,5,6, c’est prendre le risque d’être déçu, alors qu’en fait, 4,5,6 a merveilleusement vieilli à mon sens (1,2,3 non).
En conclusion, selon moi le mieux, c’est même de voir 4,5,6, puis 1,2,3, et revoir à nouveau 4,5,6.
Votre serviteur, Jojo Seigneur Sith et Prince des Putes et du Bitume.